Ces blancheurs apparues, si professionnellement soient-elles dévêtues, attroupent, autour de la pastourelle, à laquelle se livrent, faisant les petites folles, des femmes pas toujours jeunes, bien des regards, que le pantalon et son contenu semblent plus intéresser que la danse elle-même.
Vrillant tous les yeux au défaut
De leur pantalon hermétique[452].
Chez ces voyeurs circulaires, il y a un peu de la Bretonne regardant gambiller avec étonnement la Môme Picrate, et plus ardemment, ils prévoient sans doute et attendent l'accident possible:
—C'est-y possible de danser ainsi, si son linge venait à s'dachirer on y voirait sa nature!»[453]
Les septuagénaires auxquels sont, en principe, destinées ces exhibitions, n'en demandent pas tant il est vrai. Beaucoup de linge et un peu de chair leur suffisent.
«Dans les classes inférieures, la femme exprime sa déférence envers l'homme âgé en levant son pied à la hauteur de son œil. Ce geste est généralement accompagné d'une exclamation ironique ou injurieuse: mais le septuagénaire est enchanté. Si la scène se passe dans un bal public, la police et la tradition veulent que la femme montre en même temps des dessous multiples, beaucoup de fausses dentelles et de madapolams sales. L'habitué du Moulin Rouge ou du Casino de Paris n'aime que l'élégance de la cuisse, et il distingue assez mal le linon de la cotonnade: plus il y a de linge, plus il est content. Si, au contraire, nous sommes au cabaret, ou dans la rue le soir, ou dans les familles simples, il ne faut porter de linge nulle part pour ravir le septuagénaire par ce salut de bas en haut. Les ethnologues constatent, sans les expliquer, ces contradictions du goût français»[454].
A la décharge de ces septuagénaires, il est bon d'ajouter qu'ils sont souvent étrangers et il n'était pas rare qu'ils portassent les lunettes d'or du herr professor: le herr professor, mis en goût par les croquis de Lossow, est très friand de ce genre de spectacles.
Les danseuses ne furent bientôt plus seules à montrer le plus qu'elles purent de leur linge, les chanteuses s'en mêlèrent et complétèrent avec entrain cette exposition. L'une d'entre elles, la rieuse Valti, s'attira même les foudres légères du Courrier Français, auquel ce rôle moralisateur convenait à merveille:
«Valti, par exemple—fi l'effrontée! n'en craint point et ne craint rien. Elle se trousse avec un élan d'habitude; et si haut, si haut relève ses jupes, que l'on aperçoit les attaches, à la taille, du rose pantalon. Paysage de femme, dirait Jean Ajalbert»[455].