—Mais je te dis, mon petit Père la Pudeur, que c'est un accident[462].

Au premier bal des Quat-z'Arts, trouvant d'un insuffisant ragoût le triomphant cortège auquel Sarah Brown prêtait sa beauté et sa quasi-nudité, n'offrit-elle pas aux organisateurs, pour corser le spectacle, sûre, elle aussi, de ses formes, de «laisser tomber son pantalon?»[463]

Des quadrilles où elle brilla et dont elle fut pour ainsi dire l'âme, les descriptions foisonnent. Crainte de me répéter, je n'ose emprunter au Courrier Français l'abondante moisson qu'il me pourrait fournir, cette page de M. Rodrigues me paraît préférable. Elle est bien venue et rend bien une vision qui fut jadis à beaucoup familière:

«Ses bras se lèvent, insoucieux des indiscrétions de la bretelle tenant lieu de manche, les jambes fléchissent, bringueballent, battent l'air, menacent les chapeaux, entraînant sous les jupons les regards; ces regards voleurs, qui cherchent là l'entrebâillement espéré, mais toujours fuyant, du pantalon brodé.

«Suivant la progression des figures du quadrille, aux provocantes saillies de son ventre, succèdent les déhanchements lascifs de ses reins; ses bouillonnés, lestement enlevés, dévoilent l'écartement des jambes à travers la mousse des plissés, soulignant, en la chute rapide des valenciennes, au-dessus de la jarretière, un petit coin de vraie peau nue. Et de ce morceau de chair vermeille jaillit, jusqu'aux spectateurs haletants, un rayonnement torride d'acier en fusion. Alors, dans une feinte de délire canaille, la bacchante du ruisseau, brusquement troussée jusqu'au ventre, offre en pâture, au cercle qui s'est resserré sur elle, l'apparition de ses rondeurs si peu voilées par la transparence des entre-deux de dentelles, qu'à certain point se révèle, par une tache sombre, la plus intime efflorescence.»[464]

Tout finit en France par des fonctions, sinon par des chansons. La surveillance de ces dessous chaque soir dévêtus, souvent fautifs et parfois absents, devait donc donner lieu à la création d'un emploi nouveau. Aux gardes municipaux de service fut adjoint un inspecteur spécial.

Les habitués de l'Elysée-Montmartre—et non du Luxembourg—eurent tôt fait de lui descerner un surnom sous lequel il ne tarda pas à être universellement connu. Ce fut le Père la Pudeur.

Brave homme, «avec ses yeux en boules de loto et ses cheveux blancs, une tête de gendarme terrible et soiffeur[465], il s'appelait Durocher de son vrai nom, comme le barde breton, et, à ses moments de liberté exerçait la profession de photographe.

Il eut son heure de célébrité et il lui dut de ne pas échapper à l'interview qui guette nos plus notoires contemporains, quand ils ne le font pas éclore. Sur la vie, il avait les aperçus d'un vieillard qui a beaucoup vu, son verbe était empreint d'une certaine tolérance et sur la seule question du pantalon ses aphorismes étaient sans pitié.

Influence du bord plat de Maugis souvent entrevu, c'est tout juste si au commerce de la plaque sensible il ne joignait pas celui des à peu près. Interrogé par l'Éclair au lendemain de la fermeture de l'Elysée-Montmartre, philosophe indulgent, il saluait, par ce mot de la fin, celle du bal où tant d'irréductibles avaient longtemps redouté son œil investigateur: