«La lingerie n'était point de fantaisie; la chemise était tout bonnement une chemise; le corset servait tous les jours, et le pantalon était celui que Mlle Cavelli avait mis pour venir à la répétition...
«L'action se développait suivant des règles très anciennes qui existaient déjà peut-être avant Aristote: la belle enfant ôtait son pantalon, et comme il est d'usage, une jambe d'abord, l'autre ensuite. Elle empoigna l'armature du corset qui lâcha prise et délivra la taille. Elle eut le geste traditionnel, sous les seins, qui caresse l'épiderme affranchi.
«Elle était en chemise, maintenant; là, comme chez elle, sans plus de façons, sans une excuse d'art, sans une recherche de costume, sans un fanfreluchage conventionnel; sans rien qui atténuât la vulgarité de son dévêtement. Il lui restait ses bas; elle s'en défit, chaussa de petites mules et, contre une chemise de nuit, troqua ouvertement sa chemise de jour. Ainsi parée, fit quelques mines, agacée, violenta l'oreiller, souffla la bougie, et la toile tomba...»[478]
Perplexe et un peu troublé, un censeur avait assisté à la répétition. Le lendemain, à la première, la voix un peu cassée d'un voyou prit soin de rappeler à l'artiste, avant qu'elle se couchât, un détail omis:
—Et pipi?
Mlle Cavelli fit mine de ne point entendre.
La qualité des dessous ne changea guère sous le proconsulat de Maxime Lisbonne. Mais, tout Paris étant monté à Montmartre pour assister au Coucher d'Yvette, le Coucher—une politesse en vaut une autre—à son tour descendit à Paris.
A l'Alcazar, Mlle Holda, une brune, puis Mlle Lidia, une blonde, se déshabillèrent en plein air, sous les regards allumés du public qu'enchantait une pareille aubaine.
Des adolescents frissonnaient et de vieux messieurs ruminaient des stupres.
C'était toujours le Coucher d'Yvette, mais ce n'était plus l'honnête lingerie de petite bourgeoise dont le mari fait ses vingt-huit jours, de Mlle Cavelli.