«Mes chemises sont de façon berthe, c'est que j'ai la gorge évasée;—ce n'est pas un axiome de toilette, ce n'est qu'une application. Et du reste, suivant mon goût qui est mobile, il ne me déplaît pas que l'ensemble apparaisse honnête, encore que l'embarras soit grand d'y sûrement arriver.
«La première femme qui mit un pantalon fut tenue pour immodeste: l'immodestie de notre temps consisterait à s'en passer. La puce qui m'obligea une centaine de fois à un déshabillé sommaire a livré tout le secret de mes dessous. Ils trahissaient mon état d'âme autant que la dominante de la mode; les jours de chagrin, vous ne me feriez pas mettre une chemise rose pour tout l'or du Transvaal. Quant à mes jarretières, elles ont leur langage: mais c'est un langage chiffré dont je ne donne pas, Monsieur, la clef à tout le monde.
«Angèle Héraud»[483].
Et les déshabillés se succédèrent. Aux Folies-Bergère, Mlle Renée de Presles, cette jolie fille, morte, un jour de juillet, de la poitrine, comme une grisette sentimentale, une sentimentale grisette de jadis, incarna le Lever de la Parisienne.
Une légère interversion: elle s'habillait.
Louise Willy—un nom qui porte bonheur—la fit se baigner et mérita, dans le Coucher de la Parisienne, d'être donnée, par un digne ecclésiastique, comme exemple de modestie à ses pénitentes.
«Elle conçut en pensionnaire qui joue aux Oiseaux ces scènes légères et plut par le piquant de ce contraste. Ambitieuse de jouer le Chérubin du Mariage de Figaro, dont elle avait la physionomie vive et délurée, elle était d'une chasteté mutine dans son coucher d'épouse.
«L'œil n'allait pas aux avant-scènes quêter le loyer du nu dont elle n'était au reste que peu prodigue, industrieuse à retirer sa chemise, sans maillot de corps, les seins libres, et pourtant si discrète qu'elle se laissa conter—et ce fut la satisfaction la plus heureuse qu'elle éprouva—qu'un curé d'une paroisse mondaine conseillait à ses jeunes pénitentes d'aller à l'Olympia prendre auprès d'elle des leçons de modestie.
«Elle avait envisagé toutes les nuances de ce rôle divers. Trop froide, on eût crié au Maître de Forges; trop amoureuse, son impatience n'aurait pu qu'être blessante. Elle choisit un moyen terme qu'elle définit par cette nuance paradoxale: «Je me déshabillais, dit-elle, comme pour un mari[484].»
L'atelier du peintre devait fournir également excellent prétexte à ces exhibitions. On demande un modèle, à Trianon, et Le choix du modèle, aux Décadents, eurent leur heure de vogue. A son tour, Suzanne Derval fut applaudie dans le Portrait, et, et à la recherche de sa Puce, Angèle Héraud se révéla parisienne jusqu'aux jarretières.