Pietro Aretino, ce divin Aretin[44], si peu connu et si mal jugé en France, sur la foi des mauvaises reproductions des planches de Marc-Antoine, sera, si vous le voulez bien, notre introducteur auprès de ces rouées personnes qui venaient faire antichambre dans son palais.

On ne saurait choisir meilleur guide, encore qu'une bourse bien garnie eût pu paraître suffisante. Après les Dames galantes, les Ragionamenti:

Tout d'abord dans l'Education de la Pippa, ces conseils de la Nanna à sa fille:

«Renonce d'abord à ta fierté, renonces-y te dis-je, parce que si tu ne changes pas de façons, Pippa, si tu n'en changes point, tu n'auras pas de braye au derrière (non havrai brache al culo) »[45].

On voit, par cette menace maternelle, si le caleçon devait tenir au cœur des jeunes personnes qui se destinaient à la Carrière et dans la Ruffiannerie, une matrulle expérimentée de savoir l'importance que peut prendre, auprès d'un gentillâtre imbécille, un coin de pantalon entrevu à propos sous le retroussis d'une jupe.

Les Vieux Messieurs datent de Suzanne et les petits vieux les avaient peut-être précédés:

«En ramassant le gant elle releva le bord de sa robe et laissa voir assez de ses jambes pour que le faucon désencapuchonné aperçut ses caleçons bleus (la calza turchina) et ses mules de velours noir, élégances qui le firent haleter de luxure»[46].

Philosophe moqueur, Montaigne fait allusion à la magnificence de ces chausses, quand il raille ces voyageurs qui savent:

«Rapporter seulement à la mode de nostre noblesse française combien de pas à la Santa Rotonda ou la richesse des callessons de la signora Livia»[47].