Bertall, avec raison, donnait de l'objet une définition plus précise et avait le bon goût de ne pas étendre le sens du vocable:

«Les danseuses portent en outre par-dessus le maillot, pour servir d'intermédiaire à la jupe de dessus, un autre petit pantalon, très court, excessivement léger, en délicate mousseline, qui est destiné à tromper le regard et à nuager délicatement les formes au moment des effets de pied et des vertigineuses pirouettes.

«Ce pantalon se nomme un tutu»[486].

Ou un cousu (mais le mot est moins drôle). C'est moins, à vrai dire, un pantalon qu'«un petit jupon de batiste ou de mousseline cousu au milieu pour détacher les jambes: hauteur, 30 centimètres, pas de garniture»[487].

Ernest Feydeau a même consacré au Cousu une nouvelle à laquelle ne semble pas étranger le souvenir de la Nina et du comte Ricla. J'en détache cette définition de ce petit vêtement bizarre qu'à coup sûr ne portait pas la demoiselle de bonne famille dont il a, sur le tard, rédigé les mémoires:

«Les ordonnances de police, très sévères en ce qui concerne le personnel féminin de l'Opéra, exigent que toute danseuse, en entrant en scène, quel que soit d'ailleurs son costume, porte sous sa courte jupe d'étoffe quatre jupons superposés en mousseline blanche, dont le premier doit être cousu entre les cuisses, d'où le nom de cousu que lui donnent les demoiselles du corps de ballet, pour le distinguer des trois autres.

«Cette précaution, qui est appliquée même aux premiers sujets de la danse, est prise pour éviter que les accidents qui peuvent arriver au pantalon de soie couleur de chair qui s'attache autour de la taille de la danseuse, et dont la couture passe entre ses jambes, n'exposent les charmes les plus intimes de celle-ci à la curiosité du public».

Evidemment, ce n'est pas de la prose de Flaubert. Mais au souvenir de Casanova se mêle un parfum à peine atténué de la phraséologie de Sébastien Mercier. On y reconnaît comme de vieilles connaissances, dont le pantalon couleur de chair n'est pas la moins marquante. On ne retrouve pas davantage dans ces vers consacrés au tutu par M. Maurice Magnier la superbe de M. José-Maria de Hérédia ou la manière de Mallarmé.

Tutu de mousseline blanche,

Ajusté plus bas que la hanche