«Le costume des danseurs et des danseuses à la classe ressemble beaucoup à celui de Paul et Virginie, tels du moins que je les ai vus représentés à l'Ambigu-Comique par M. Albert et par Mlle Eugénie Prosper. Les femmes sont coiffées en cheveux et décolletées; elles ont les bras nus, leur taille est emprisonnée dans un étroit corsage. Un jupon, très court, très bouffant, soit en gaze, soit en mousseline rayée, leur descend jusqu'au genou. Leurs cuisses se dissimulent chastement sous un large caleçon de calicot impénétrable comme un secret d'État[492]».
Pas si impénétrables que cela, les secrets d'État: il y a des dossiers qui circulent et dont il ne fait pas bon à un journaliste d'avoir la copie en mains, surtout s'il est de l'opposition.
Ce pantalon est d'ailleurs envié par les figurantes qui croient s'élever à la dignité de danseuses en le revêtant. Le docteur Véron, qui était payé pour bien connaître le personnel de l'Académie de musique et de danse, a signalé cette faiblesse de ces dames de la figuration et l'a agréablement raillée.
«Pour peu qu'une figurante ait des prétentions à un avenir de danseuse et qu'elle soit dans une brillante position, elle a même, comme les premiers sujets, un costume de danse, caleçon en percale, tombant au-dessus du genou, bas de soie blancs, chaussons blancs ou couleur de chair, petite veste d'une coupe élégante en piqué blanc[493]».
Malgré que les pantalons aient perdu de leur largeur, le costume de répétition n'a cependant guère changé. Il apparaît sous la plume de Richard O'Monroy, encore à peu près tel que l'avait décrit Albéric Second:
«Dès neuf heures, Mlle Adelina Théodore commence sa leçon sous la coupole au neuvième étage. Les petites sont en tenue de travail: corsage de nansouk blanc, trois jupons de tarlatane blanche, ceinture en satin bleu, rose ou mauve, suivant la fantaisie de la fillette. Pantalon de percale roulé dans les jarretières pour bien laisser voir les genoux; bas et souliers roses»[494].
La fillette peut grandir et passer d'une classe dans une autre, le pantalon reste le même. N'ayant plus rien de l'enfant, ces demoiselles le conservent, quelle que soit leur hiérarchie dans le quadrille. Les planches du maître aqua-fortiste Renouard nous l'ont rendu familier, les illustrés en ont souvent esquissé la silhouette et, dans deux nouvelles, Carolus, Brio s'est plu à en évoquer le souvenir[495].
Sur des scènes moins officielles, le pantalon reste de mise pour les répétitions, mais la fantaisie de chacune peut en varier la couleur. Celui de Mlle Casciani, de la Gaîté-Rochechouart, était vert, mais sa fraîcheur laissait, paraît-il, à désirer, et ce fut l'objet d'un de ces petits procès que, dans le Figaro, Albert Bataille contait avec tant d'esprit.
On répétait la revue de l'année: Tout à la Gaîté.
«Tout à coup, une des artistes, Mlle Casciani, fait irruption sur la scène, en criant: