Vraiment, ça sent mauvais. Ces gens-là laissent derrière eux un fâcheux relent de brôme et de chlore. Vite, brûlons du sucre et parlons de la Parisienne, la vraie, que la nécessité de payer sa logeuse et d'assurer la maigre pitance du lendemain, ne force pas à «marcher» avec tous les infidèles qui viennent chercher à Montmartre le paradis de Mahomet qu'Enver-Pacha, malgré ce nom prédestiné, est incapable de leur fournir.

Non moins que la professionnelle de la butte, elle ignore l'emmaillottement des molletons et des flanelles; malgré la méchante concurrence que lui fit, un moment, l'inesthétique culotte de jersey, le pantalon est resté pour elle un objet de première nécessité, dont elle aime à soigner particulièrement l'agencement.

C'est un peu le voile sacré qui, loin de cacher sa nudité attendue, se contente de la voiler et la rend plus désirable. Elle sait la toute puissance des dessous, si réduits soient-ils, et connaît l'entêtante griserie des déshabillés.

Aussi, les pantalons sont-ils, dans son trousseau, l'objet de soins tout spéciaux. Ils la touchent de trop près pour que l'étoffe, ô Tartuffe, n'en soit pas, plus que toute autre, moelleuse. Il n'est pas pour eux, de dentelles trop belles, ni d'entre-deux trop aguichants. La Parisienne connaît l'art des transitions: l'écrin, en s'entrouvrant, laissera apercevoir la radieuse nudité de son corps et la «consolante harmonie» de son ventre. Il faut donc qu'il soit digne de l'éternelle fleur de lotus, vers laquelle appareillent sans trêve les désirs des hommes.

Fût-il très simple, blanc et uni, honnête et bourgeois, à peine orné d'un feston ou d'un volant, il aura encore pour un amoureux tout son charme et même ce parfum de mystère que comporte la cueillaison du rêve que l'on va cueillir. Sous son sabot se détache, au-dessus du bas, en une ligne rose et lisse, la chair des cuisses, et voici, que plus haut, dans l'«envergure harmonieuse» que chanta comme nul autre le bon Théophile Gautier, germe, à travers la fente béante de la batiste ou de la percale

..... la mousse blonde ou noire

Dont Cypris tapisse ses monts.

Les pudibonderies bêtes de jadis sont abolies. Foin de l'«inexpressible», de l'«indispensable» ou de l'«innomable», la Parisienne n'a pas plus peur du mot que de la chose. Elle dit simplement, sans songer à mal, son «pantalon» et le vocable évoque aussitôt à l'esprit quelque chose de très féminin et de très charmant. La forme peut varier: pantalon-jupon ou jupon-pantalon; ces orphelins, vêtus de blanc ou de rose, se ressembleront comme des frères. Parfois, conséquence des jupes étroites de ces dernières années, ils affectèrent une forme plus masculine, et plus bravement encore, celles qui les portaient disaient, amusées, leur «culotte».

Les magasins de blanc avaient même lancé un moment un mot et un objet nouveaux qui, d'ailleurs, ne firent pas fortune; le pantalon «couche-culotte».

Chères gosses!