C'est comme pour les armements. L'Allemagne ne pouvait naturellement s'arrêter en aussi belle voie. Les dessous de la femme allemande sont, ainsi que ses appas, de l'artillerie lourde. Le «Hemd-Rock-Beinkleid» représentant sur sa Krupp le 320 autrichien, quoi d'étonnant à ce qu'elle y ait joint un «kolossal» 420, sous la forme des «Reformbeinkleider».
Dans ce pays de la Réforme, où cependant l'on semble réformer si peu, quelque docteur à court de mélanges détonnants ou de torpilles sensationnelles—avec tous ses défauts, bien préférable la Môme!—devait songer à réformer le pantalon féminin. Il est vrai que, malheureusement, cela ne dut faire de mal à personne et bien peu gêner les plantureux séants qui, huit mois de l'année, ignorent totalement l'usage des pantalons.
Ils ne se sont d'ailleurs pas fatigué les méninges, les intellectuels allemands, pour trouver ça: il y a vingt-cinq ans, bien des petites femmes, dont les agents de M. Lépine eurent peine à endiguer la rage réformatrice, en avaient fait autant. Les «Reformbeinkleider», c'est tout bêtement la culotte de bicyclette, sans bicyclette. Seulement, la ménagère allemande qui est à la fois économe et pudique à sa façon, la porte en flanelle, toujours pour économiser les frais de blanchissage et passe par-dessus une jupe. Elle est ainsi vêtue et protégée contre les surprises du froid, je ne parle pas de celles des sens. Pour elle, ils comptent peu. L'accouplement est pour l'Allemande une fonction plus qu'un plaisir et elle ignore généralement, malgré son penchant pour les bocks, «la froide majesté de la femme stérile».
Ce molleton ou cette flanelle se boutonnent sur les côtés par de petites fentes latérales et un élastique passé dans un coulisse les serrent autour du genou.
Non, vrai, on comprend, quand on a contemplé ces pauvretés, le rut qui, lorsqu'ils sont à Paris, pousse les représentants des diverses classes de la grande Allemagne à se ruer—turba ruit ou ruunt—vers Montmartre et vers les divers établissements où d'aimables enfants, ignorant, elles, l'infamie des molletons et des flanelles, montrent, pour aguicher ces clients de passage, beaucoup du blanc de leurs dessous et un peu du rose de leur chair.
Semblables au faucon désencapuchonné du divin Arétin, les verres de leurs lunettes d'or couvertes de buée, le visage rouge et la nuque guettée par la congestion proche, ils halètent de luxure. Un prurit leur monte au cerveau qui, à la sortie du music-hall, leur fera accompagner dans un garni voisin quelque pauvre fille, qui, à juste titre méfiante, aura soin de se faire bailler son petit cadeau, avant de livrer au Werther en vadrouille ou à l'Herman en goguette, son jardin cependant si peu secret.
Que Mercure, qui passe pour réparer les méfaits de Cupidon, soit propice à l'homme aux lunettes! Parfois, cela s'est vu, la fille profitera du sommeil du rustre pour soulager son portefeuille crasseux de quelques billets et il ira, le matin, tout penaud, las d'avoir marché dans son rêve entôlé, raconter sa mésaventure au commissaire de police.
Cet honorable fonctionnaire classera la plainte, comme il convient, et, à son tour, la laissera dormir. Quant à plaindre le professeur Knatschké plus souvent! il n'avait qu'à ne pas tromper madame son épouse ou sa fiancée aux cheveux de chanvre avec la première venue—hein! on est moral ou on ne l'est pas?—puis, c'est toujours autant de repris sur le bandit de grand chemin que cache tout Allemand.
Des «chiffons de papier,» après tout! Allons-nous leur accorder plus d'importance que M. le Chancelier lui-même?