LE PANTALON ET LA CARICATURE

Il y aurait là, semble-t-il, matière à un chapitre assez amusant à ajouter à l'histoire du pantalon féminin. Des caricatures anglaises dans lesquelles le pantalon apparut sous les jupes des premières ferventes, non de la pédale,—elle n'existait pas encore—mais de la draisienne, aux suggestives combinaisons de Fabiano, ce serait rappeler, par le dessin et par les légendes qui l'accompagnent, les étapes du pantalon.

En même temps que son usage se généralisait et s'imposait, la hardiesse des dessinateurs croissait et ne tardait pas à en indiquer les moindres détails. Au lieu de sa silhouette esquissée à grands traits, ils ne reculent plus maintenant devant le réalisme de sa fente et devant la note gamine du pan de la chemise qui s'échappe, quand ce n'est pas un coin de chair qui apparaît.

La Parisienne en corset—le corset noir de Mme Moraines—et en pantalon: n'est-ce pas un peu la Montmartroise de Willette, cet être exquis, chiffonné et charmant, destiné à révéler à nos neveux une Butte sacrée qui déjà n'existe plus, si jamais elle a existé. Le talent et l'imagination de l'artiste a, en effet, poétisé et synthétisé toutes ces échappées du Moulin de la Galette et de tous les moulins où l'on danse, pour en faire sa Colombine, chantant, mieux que toute autre, la bonne chanson des vingt ans et des libres amours. Le prisme de Pierrot leur a prêté les couleurs de l'arc-en-ciel.

Mais, laissons cela. Cette petite femme en pantalon, qu'elle soit de Boutet, de Forain, de Gerbault, de Préjelan, de Guillaume, de la Nézière ou de Vallet, nous entraînerait trop loin. Maison de rendez-vous, hôtel garni ou garçonnière, l'aventure, pour amusante qu'elle puisse paraître, ne laisserait pas d'être banale et se terminerait à la manière accoutumée.

Fantaisies, épidermes, phrases dépourvues de suite, brusque sursaut hors du lit, eau tiède, animal triste... ou gai: gardons-nous d'«évoquer les minutes heureuses» et bornons-nous à étudier la place prise par le pantalon dans les légendes des caricaturistes.

Pour éviter l'ennui d'une redite, je ne reviendrai pas sur les légendes de Hadol, de Randon, de Bertall ou de Grévin, qui ont trouvé place dans les chapitres précédents.

Le pantalon est un objet dont il n'est pas bon pour une débutante de s'embarrasser, quand elle va soumettre à un directeur ses «dispositions», ou du moins, faut-il qu'il soit très court et très... ouvert.