«Mlle Churchill chancela, fit quelques cris et tomba. La chute ne pouvoit être que rude dans un mouvement si rapide; cependant elle lui fût favorable de toutes les manières: car, sans se faire aucun mal, elle démentit tout ce que son visage avoit fait juger du reste. Le duc mit pied à terre pour la secourir. Elle étoit tellement étourdie qu'elle n'avoit garde de songer à la bienséance dans cette occasion; et ceux qui s'empressèrent autour d'elle la trouvèrent encore dans une situation assez négligée. Ils ne pouvoient croire qu'un corps de cette beauté fût de quelque chose au visage de Mlle Churchill. Depuis cet accident, on s'aperçut que les soins et la tendresse du duc ne firent qu'augmenter, et l'on s'aperçut à la fin de l'hiver, qu'elle n'avait pas tyrannisé ses désirs ni fait languir son impatience»[73].

Parfois même, comme dans les contes bleus ou dans les romans de M. Henry Bordeaux, l'aventure se terminait par un bel et bon mariage. Notre vieil ami Loys Guyon, sieur de la Nauche, fournit cet enseignement:

«Une demoiselle d'assés médiocre maison en biens, âgée de dix-huict ans ou environ, servante d'une grande maison de Lymosin, estant en la compagnie de sa maistresse, voyageant en autre pays, voulant franchir un fossé, tomba de dessus son cheval par terre, ses cotillon, robbe, chemise se trouvèrent renversez sur son corps, qui fut cause que les assistans en bonne partie de la compagnie virent toutes les parties secrettes de cette demoiselle, ventre, cuisses et fesses. Et si estan treuvé un jeune homme noble et riche, il descendit de son cheval et la contempla quelque peu de temps, après il la recouvrit, releva, baisa, et remonta à cheval, et à cause des belles et blanches parties qu'il avoit recogneu en elle, il en devint amoureux et pour récompense de son service et amitié qu'il lui portoit la pria de lui prester tout et si peu qu'il luy plairoit. Mais la fille fit la sourde. Ce que voyant, ses désirs et concupiscence s'accreurent et il lui dit qu'il l'espouseroit; mais elle sage ne lui accorda que solenellement il ne l'eust espousée; ce qu'il fit, ce que tout le monde trouva estrange, d'autant que les maisons et qualitez n'estoient réciproques. Et combien qu'elle aye desja plus de quarante ans elle se sçait tenir si propre en toutes les parties de son corps, et principalement les parties qui premièrement incitèrent son mari à la rechercher, qu'il l'ayme autant que jamais»[74].

Puisse cette histoire morale faire réfléchir les jeunes filles à la recherche d'un épouseur, les matins de partie de campagne, au moment de passer leur «inexpressible»... ou de passer outre.

Par un fait exprès, le dix-septième et le dix-huitième siècles foisonnent de chutes joliment révélatrices. Toutes, marquises, comédiennes ou bourgeoises, ignoraient la gêne et l'androgynat de l'empantalonnement. A son défaut et à défaut d'un Voiture, chroniqueurs et rimailleurs s'en mêlèrent et chantèrent ces accidents à... cœur joie.

Seules, quelques comédiennes, connues surtout pour leurs cabrioles, comme la Du Parc, se munissaient pour se livrer à ce jeu, d'une culotte, à laquelle elles ne devaient pas tarder à renoncer:

«On voyait ses jambes et partie de ses cuisses, dit Mlle Poisson, par le moyen de sa jupe fendue des deux côtés avec des bas de soie attachés en haut d'une petite culotte»[75].

Jupe fendue et culotte: tout cela est très moderne, mais, la moutarde ne date-t-elle pas, en tant que danse, du XVIe siècle?[76]

Une autre «théâtreuse», la Beauchasteau, portait également, suivant Tallemant des Réaux, des caleçons, mais l'esprit ne semblait guère être venu à cette fille, encore qu'elle ait fait ou plutôt laissé faire pour cela tout le nécessaire:

«A une farce, la Beauchasteau voulut faire la goguenarde, elle demanda à Jodelet—comédien du Marais et de l'Hôtel de Bourgogne, mort en 1660—ce que c'était que l'amour;