Venoient faire mille sottises[80].
Au XVIIIe siècle, suivant Quicherat:
«Il y eut plus étrange que cela: c'est que porter un caleçon (précaution dont usaient quelques personnes en très petit nombre) fut considéré comme un signe de mœurs équivoques»[81].
Même pour courir, à la suite du quartier général de Maurice de Saxe, les mauvais et peu sûrs chemins des Flandres, les actrices qui composaient la troupe de Favart avaient négligé de prendre cette précaution.
C'est presque un passage du Roman comique:
«Un jour une troupe de comédiens, à la tête desquels se trouvait un nommé Mézière, s'était mise en marche pour Cologne, où elle devait jouer devant l'Electeur. A peine était-elle hors des faubourgs de Bruxelles, qu'elle était surprise par les hussards ennemis qui commencèrent par la dépouiller. On ne laissa aux femmes que leurs chemises et un simple jupon; les hommes furent tous rangés en cercle, à genoux, en attendant qu'il fût statué sur leur sort. L'un de ces malheureux, un ancien libraire du quai des Augustins, appelé Flahaut, se fiant sur son érudition et sur son éloquence, se lève en qualité d'orateur de la troupe et adresse une harangue en latin au commandant des hussards pour implorer sa pitié. L'officier l'écoute sans l'interrompre, et, pour toute réplique lui allonge un coup de sabre qui, contre toute prévision, ne fut pas mortel. Honteux de sa maladresse, il allait redoubler, lorsqu'il fut arrêté par un cri perçant, et un spectacle aussi étrange qu'inattendu. L'une des actrices, Mlle Grimaldi, femme d'un danseur italien surnommé Jambe de fer, pour échapper à l'horreur d'un pareil massacre, avait pris à deux mains son petit jupon et l'avait ramené sur sa tête, sans trop songer aux conséquences[82]: mais, en de semblables moments, l'on ne pense pas à tout. Elle se jette aux pieds du chef de la bande, et, dans cette posture que la légèreté du costume rendait au moins bizarre, elle le supplie, tout en larmes, avec cette onction qui part du cœur, d'épargner ses camarades, de n'immoler qu'elle, puisqu'il lui fallait une victime.
«Comment ne pas être attendri? comment aussi garder son sérieux à l'aspect de cette pauvre danseuse, dont la tête était enfouie au détriment du reste, dans son insuffisant jupon? Nos hussards allemands, pour cette fois, se conduisirent en galants hommes. Ils rendirent la liberté aux prisonniers; ils poussèrent la générosité jusqu'à leur abandonner des lambeaux de mantelets et de tabliers pour se couvrir, et distribuèrent aux femmes, au lieu de leurs robes, des habits de caractère. La Grimaldi eut pour sa part un costume d'Arlequin[83]...»
Les Étrennes à Thalie auxquelles M. Desnoiresterres a emprunté les éléments de ce récit ne disent pas si Grimaldi-Arlequin poussa le dévouement aussi loin que Boule-de-Suif, et si l'irascible capitaine put jouir autrement que par la vue des rondeurs que lui avait révélées le linge tendu—peut-être même relevé—sur les charmes postérieurs de la suppliante.
C'est évidemment là le dénouement le plus plausible.