Si on ignorait en tournée l'usage du pantalon, à plus forte raison, ne le soupçonnait-on pas tant à la ville qu'à la campagne. Temps heureux, temps de l'escarpolette et de ses hasards, des parties à âne—sun Montmorency avant Paul de Kock—et de leur imprévu. C'étaient alors les embarquements pour Cythère et pour ailleurs, dont, dans l'ancien Gil-Blas, Colombine a joliment évoqué le souvenir.
Pourtant, les chutes continuaient. Recouvrant les têtes poudrées à frimas, les jupons relevés dévoilaient, en de soudaines apparitions de roseurs potelées, un véritable moutonnement de croupes. Il n'y avait pas scandale; la gaîté seule saluait ces menus accidents. Jean-Jacques, dans ses Confessions, est à peu près seul à témoigner de la pitié pour «le derrière de Mlle Lambercier, qui, par une malheureuse culbute fut étalé tout en plein devant le roi de Sardaigne à son passage»[84].
Si le souverain avait déjà pour les pantalons l'aversion connue de Victor-Emmanuel, il dut être amplement satisfait. Jean-Jacques, contempla l'objet, mais osa à peine sourire:
«J'avoue que je ne trouvai pas le moindre mot pour rire à un accident qui, bien que comique en lui-même, m'alarmait pour une personne que j'aimais comme une mère et peut-être plus»[85].
Le philosophe ne nous a guère, en vérité, habitués à cette réserve et ses contemporains sont loin de la partager. L'un, entre autres, le comte de Caylus, ce bizarre grand seigneur, archéologue, romancier et rimeur impénitent, semble avoir voué le champagne léger de ses rimes à la célébration du «trésor caché», révélé par une chute d'âne, de Sophie Arnould.
Le jour même du mariage de la cantatrice, il lui adressait cet épithalame:
Oui, sans doute, un joli visage