LES ORIGINES
Le Pantalon féminin! Pourquoi pas? Des érudits et des chercheurs ont écrit l’histoire et retracé les origines de la chemise, du corset, de l’éventail, de l’ombrelle. Le pantalon, seul, semble avoir été négligé. C’est là, en vérité, une lacune qu’il conviendrait de combler.
Des dessous de la femme, nul n’est plus moderne; il semble en constituer la quintessence. Il a le charme d’une inutilité d’autant plus soignée que quelques-uns seulement doivent jouir de sa vue. «Un trou avec de la dentelle autour», disait une jolie femme que son radieux sourire n’empêchait point de se souvenir de la définition du canon; quelque chose comme «l’écrin qui enferme le rubis», ajoutait une autre.
Comme l’écrin, le pantalon s’entr’ouvre pour laisser contempler à nos yeux émerveillés les joyaux qu’il recèle. Il les rend plus désirables en les voilant, mais il ne les cache pas.
Grave sujet de réflexions pour les jeunes gens du temps présent, hommage respectueux rendu par le vice à la vertu: puissent les disciples de M. Bérenger reconnaître la salutaire influence de leur maître, au cours de ces pages dont la femme nous a fourni le fond et la forme, encore que, il le faut confesser, le pantalon féminin soit rarement fermé.
Son «usage ne se perd pas dans la nuit des temps», écrivait judicieusement, il y a quarante ans, le dessinateur Bertall[1]; toutefois, si Eve la blonde qui, après la pomme, se contenta d’une feuille de vigne, en ignora l’usage et si beaucoup d’autres l’ignorent encore, la femme n’attendit point la crinoline pour arborer cet accoutrement d’un genre nouveau. Bien avant que fussent révolus les temps des cages et des cerceaux, certaines se plurent à porter la culotte, aussi bien au propre qu’au figuré.
Soucieux de la vérité historique, le grand Flaubert, dans son Hérodias,faisait porter à Salomé des «caleçons noirs semés de mandragores», et, dans son adorable Aphrodite,Pierre Louys se garde bien de taire les «caleçons fendus»—déjà—de la reine Bérénice.
Ce n’est pas là seulement littérature. A Rome, comme les danseuses du Tabarin ou du Moulin Rouge, acrobates et actrices de mimodrames étaient tenues d’en être munies. Au mot subligatus,le Dictionnaire des Antiquités romaines d’Antony Rich et celui de Saglio fournissent, à ce sujet un dessin caractéristique.