C'est une des inventions
Qui cache ce qu'on a d'obscène
Dont bien des femmes font grand cas.
Pas tant que cela, semble-t-il. Bien peu en faisaient cas. A la scène, les comédiennes et même les danseuses n'en portaient pas. Si, en dehors de celle de la pièce, une chute venait à se produire, elle ne manquait pas d'être plaisante.
Bachaumont, non encore atteint de sa pruderie de décembre, raconte tout au long l'accident qui marqua les débuts de Mlle de Maisonneuve:
C'est là une chose qu'une femme n'oublie pas. «1763—mai 3—Mlle de Maisonneuve, petite-fille de la femme de chambre de Mlle Gaussin, celle dont on a déjà parlé et dont l'abbé de Voisenon a décélé les talens, vient de débuter: elle a de la naïveté, de l'intelligence et promet beaucoup; elle a été très bien accueillie aujourd'hui; elle a joué dans la Gouvernande et dans Zénéide. Dans la première pièce, comme elle est en tête-à-tête avec son amant, on vient l'avertir de se retirer; en fuyant elle est tombée dans la coulisse et a laissée voir son derrière. Mlle Bellecour, dite Gogo, soubrette, est venue très modestement lui remettre ses jupes. Le tout s'est passé au contentement du public, qui a fort fêté le cul de l'actrice et la modeste Gogo. La jeune personne n'a point été déconcertée, elle est rentrée peu après sur le théâtre[94]...»
Le Mercure de France donne bien un compte rendu élogieux de cette «première» et trace un joli portrait de la débutante, mais, de même que Collé, il tait son accident.[95] Victor Fournel, par contre, en parle dans ses Curiosités théâtrales[96] et, par une double confusion, l'attribue à la modeste Gogo elle-même, qui serait, à son dire, Mlle Beauminard.
L'héroïne de cette aventure, Louise-Adélaïde Berton de Maisonneuve, dont le père était orfèvre, comme M. Josse, joua peu sous son nom et fut surtout connue au théâtre sous celui de Mlle d'Oligny[97].