Les marionnettes elles-mêmes n'échappèrent pas à cet empantalonnement, tant on avait du «nu» une crainte que n'eût point désavouée le plus vertueux des sénateurs:
«Quant à la perfection des entrechats et des ronds de jambe de mesdames les marionnettes de Rome, je ne citerai qu'un fait qui me dispensera de toute autre louange. Les pudiques scrupules de l'autorité romaine ont astreint ces sages et irréprochables sylphides à porter des caleçons bleu de ciel, tant on craint les dangers de l'illusion[116]».
O Guignol! une interpellation au Luxembourg, parce que, en se laissant choir, Mme Guignol aura laissé constater aux gosses assemblés qu'elle n'avait pas de pantalon.
Mais il est vrai qu'elle n'a ni cuisses, ni jambes.
Il y eut mieux, d'ailleurs. Si le caleçon était obligatoire, il était, en Espagne du moins, interdit aux danseuses de laisser apercevoir sous leurs jupes le leurre du caleçon et une amende d'un écu était réservée à celles qui avaient failli à cette prescription.
Casanova raconte, non sans esprit, comment, à Barcelone, la Nina encourut l'amende et évita le lendemain son retour. Ce fut même là, suivant le Vénitien, l'origine de sa fortune. Mlle Churchill se fit aimer en laissant voir son derrière. Il en fut de même de l'artiste:
—Comment le comte Ricla en est-il devenu amoureux?
—Écoutez. L'histoire n'est pas longue et elle est singulière.
«A peine arrivée à Barcelone, il y a deux ans, venant du Portugal, on la prit pour figurante dans les ballets, à cause de sa belle figure, car pour son talent elle n'en a pas: tout ce qu'elle fait fort bien est la rebaltade, sorte de saut en reculant et en pirouettant. Le premier soir qu'elle dansa, elle fut vivement applaudie du parterre, parce que en faisant la rebaltade, elle montra ses caleçons jusqu'à la ceinture. Or, il faut savoir qu'en Espagne, il y a une loi qui condamne à un écu d'amende toute danseuse qui, en dansant sur la scène, a le malheur de montrer ses culottes au public. Nina, qui n'en savait rien, se voyant applaudie, recommença de plus belles; mais à la fin du ballet, l'inspecteur lui dit qu'il lui retiendrait deux écus de son mois pour payer ses impudentes gambades. Nina jura, pesta, mais ne put s'opposer à la loi. Savez-vous ce qu'elle fit le lendemain pour éluder la loi et se venger?
—Elle dansa mal peut-être?