Il ne nous apprend rien, mais confirme ce que nous savions.
Il en était de même des aimables vendeuses qui, au Palais-Royal, faisaient surtout commerce de leur corps, et ont valu aux anciennes galeries de bois une mauvaise réputation longue à disparaître.
Comme dans les maisons Tellier, «Madame» fournissait leur trousseau aux pensionnaires, dont les charmes formaient le meilleur fonds de sa boutique. Mais, déjà, il arrivait à ces nymphes d'abandonner la retraite peu champêtre où elles célébraient à prix fixe les mystères de la blonde déesse, sans prendre soin de restituer à la tenancière les «dessous» qui leur avaient été prêtés.
La partie lésée—dans l'espèce la demoiselle Testard, marchande mercière, avait l'unique recours de porter plainte devant le commissaire de police de la section. Ainsi connaissons-nous par le menu les moindres voiles des demoiselles Séraphine et Louise Boutet, âgées l'une de dix-sept ans et l'autre de seize. «Bas de coton, chemise de toile coton, à coulisse, et garnie d'un tour de mousseline brodée... jupon de dessous de taffetas rose... fichu de linon et bonnets de satin rose orné de blonde ou de satin blanc garni de gaze et dentelle en or». Ni l'une ni l'autre des délinquantes ne portait de corset et la gêne d'un pantalon leur était totalement inconnue.[121]
Les culottes que ces dames ne portaient pas eussent été, cependant, plus que jamais utiles. Les fessées patriotiques qui allaient bientôt avoir la vogue eussent même été une suffisante excuse aux pantalons fermés.
Cette pauvre Théroigne de Méricourt ne fût peut-être point devenue folle, si un pantalon eût atténué les effets de sa disgrâce, et combien de croupes plus aristocratiques eussent dû à cette percale providentielle de n'être point dévisagées par la populace.
Dans la crainte de la fessée, certaines pour remédier au manque de pantalon, n'hésitèrent point devant une mesure radicale. Elles cousurent leur chemise, ce qui, pour reprendre un mot de Mme Cardinal, ne devait guère être commode.
«A Lyon, le jour de Pâques 1791, au sortir de la messe de 6 heures, une foule, armée de fouets de corde, se précipite sur les femmes. Déshabillées, meurtries, le corps renversé, la tête dans la fange, elles ne sont laissées que sanglantes, demi-mortes; une jeune fille meurt tout à fait; et ce genre d'attentats se multiplie tellement qu'à Paris même, des dames, qui vont à la messe orthodoxe, ne sortent plus qu'avec leur chemise cousue en guise de caleçon»[122].
Ainsi: «Se serait répandue, suivant quelques-uns, la coutume, chez les femmes de la bourgeoisie, de porter des pantalons»[123].
Je ne crois pas, comme l'a fait un collaborateur de l'Intermédiaire, qu'il y ait lieu de généraliser cette mesure et de trouver dans la chemise cousue l'origine du pantalon.