[3] Le voyageur a raison. Mathusalem, vivant 960 ans, d'après la bible, appuye son assertion d'une manière irrévocable, et rend très-vraisemblable la longue existence des habitons de la Lune.
[4] Ce qu'on vit à Paris lors de l'arrivée des ambassadeurs Turcs, tant Méhémèd-Effendi, qu'Esseid-Effendi, prouve la vraisemblance morale de ce qu'on retrace ici.
[5] Cet embrassement n'est pas une puérilité: on embrasse tous les jours un cheval, qui n'a pas la centième partie de l'intelligence de l'éléphant. D'ailleurs, l'homme de la nature est si différent de l'homme de société, que ce qui est un acte noble pour l'un, est une niaiserie pour l'autre. Nous ne pourrons porter un jugement, que lorsque nous serons assurés que nous analisons bien les droits et le voeu de la nature, ainsi que les sentimens; et lorsque nous serons entièrement dignes d'être nommés sensibles.
[6] La terre est si éloignée de fournir aux besoins de ses habitans, qu'il se trouve des portions de peuples, même en Europe, qui goûtent à peine le pain. Quant aux habitans des autres continens, la majorité ne connaît point ce qui constitue essentiellement la nourriture de l'homme, tel que le bled, le riz, etc., et ne vit que de fruits.
[7] La Chine, où l'art de l'agriculture a su fertiliser jusqu'au sommet des monts les plus arides.
[8] _Les voyageurs répondront à Marouban que les Russes boivent du Wodki, qui est plus fort que le vin, puisque c'est une eau-de-vie de grain, mais je leur répliquerai que cette boisson n'est connue généralement que dans les villes, et sur les grandes routes de l'empire. S'il s'en trouve dans les grands villages de l'intérieur, les habitans en boivent rarement; ainsi la très-grande majorité du peuple russe ne fait point usage de cette boisson. Je dirai encore, pour appuyer l'assertion du grec, et ce qui ne peut être contredit, que le peuple des campagnes, qui n'en fait point usage, est plus fort que celui des villes qui en boit._
[9] _Je pressens qu'on voudra que je sois vraisemblable jusques dans le voyage de la terre à la Lune; et que les physiciens m'observeront, qu'Éléonore ne pourra supporter l'effet de la raréfaction de l'air lorsqu'elle arrivera aux bornes de notre atmosphère.
Ne me rebattant point sur les raisons que j'ai énoncées, je dirai aux physiciens; que le doute existant, la vraisemblance existe; car elle se place entre le doute et la vérité. Les courses des aërostats dans l'atmosphère, les observations sur les Cordillières, etc., ne suffisent point pour anéantir ce doute et prouver tout ce qu'on a dit sur la raréfaction. Ne savons-nous pas combien il y a_ de distance d'un simple éclaircissement à la conviction? N'avons-nous pas droit de douter, même, de l'authenticité du système de Newton, malgré sa vraisemblance probable, en égard aux autres systèmes? Physiciens, littérateurs, philosophes, soyez très-réservés avant d'en venir à l'affirmation. La chute du système d'Aristote, proclamé et reconnu, comme immuable, par vingt siècles, ne démontre-telle pas que, non-seulement les savans mais l'univers entier peuvent s'égarer; et que ce qui tient à l'art ou aux lumières, ne peut avoir une existence invariable, que lorsqu'il y a démonstration mathématique; c'est-à-dire, lorsque l'objet est rendu sensible, soit par les sens, soit par le jugement, et l'évidence du raisonnement._