Mme Bambou, diminutif de Bamboula, était la négresse indispensable à tout établissement d’une certaine classe.
Elle n’aurait pas d’emploi très défini, de spécialité ni, selon toute vraisemblance, d’amis attitrés.
Mais elle serait la drôlerie, la fantaisie, la curiosité de la Maison.
Outre le casuel (l’expérience est faite depuis longtemps que les dames de couleur ont de l’action sur l’homme isolé, pénétrant pour la première fois dans une maison), chaque habitué, civil ou militaire, éphèbe ou grison, l’élirait certainement de temps en temps.
Les messieurs, même les plus graves et quels que soient leur âge ou leur situation, n’ont-ils pas le droit de rire un peu ?
Et ne doit-on pas se prêter avec indulgence à leurs petites folies quand elles ne font de mal à personne ?
En attendant l’arrivée de Mme Mireille, les nouvelles pensionnaires regardaient les peintures qui décoraient les murs du salon.
Sous une frise où l’on voyait des amours roses se poursuivant et folâtrant ingénûment, des panneaux rectangulaires représentaient, fort décolletées ainsi qu’il convient et mutines à souhait, l’Espagnole à mantille et à castagnettes, l’Italienne à tambourin, la Russe bottée de rouge, la Japonaise à la robe fleurie de chrysanthèmes, la négresse vêtue d’un étroit pagne bleu de ciel.
— Ton portrait, Bambou, dit Mme Zizi.
Cela fit rire Mmes Joujou, Carmen et Andrée. Mme Bambou, ne sachant si elle devait être mortifiée ou flattée, prit le parti le plus sage. Elle imita ses compagnes, ce qui lui permit de montrer une denture magnifique sertie d’or.