Et, lorsque tout le monde reposait, que, seule dans la Maison silencieuse, elle veillait pour faire les comptes de la journée, elle mesurait le tort que le héros causait à la communauté en s’obstinant à vouloir s’acquitter d’un office pour lequel il n’était plus qualifié.
Excellente administratrice, bonne épouse, mère prévoyante, elle se désespérait et ne pouvait que former le vœu de trouver en son esprit assez de ressources pour parer au désastre.
VIII
Depuis de longues années, chaque mois, à date fixe, le 17 recevait la visite d’une très vieille femme, la mère Casimir, dite Casi, dont la profession était de lire dans le passé et de prédire l’avenir.
Sa clientèle se composait d’artistes de cafés-chantants, de dames en maisons et de celles qui, par convenances personnelles, préfèrent exercer isolément leur état.
Le rayon d’action de la dispensatrice d’oracles était assez étendu. Casi, connaissant par cœur l’horaire des trains, visitait presque toutes les villes du département où sa tournée se poursuivait selon un itinéraire fixé une fois pour toutes et dans un délai immuable : trente jours.
— La méthode et la ponctualité sont les secrets du succès, répétait-elle.
Séduites par sa sagacité, dès la première consultation qu’elle leur avait accordée, et induites désormais à une aveugle confiance en ses prédictions, les clientes de Mme Casimir savaient donc exactement la date de son passage.
— Si Casi n’est pas morte, ce qui arrivera tout de même bien un de ces quatre matins, disaient-elles, nous allons la voir s’amener demain.
Et, de fait, le lendemain, Casi faisait son entrée.