Depuis qu’on la connaissait, elle portait le même costume, quels que fussent temps et époque de l’année : robe d’alpaga gris foncé à volants, palatine chaudron, ornée d’une ruche de satin, et capote à brides garnie d’un bouquet de violettes dont la pâleur allait grandissant de mois en mois.
Un parapluie immense et trois réticules de drap brodés de fleurs au canevas dont elle passait les cordons à son avant-bras complétaient l’équipage de Casi.
Elle était courtaude, très grasse, marchait avec difficulté, montrait, en un visage d’empereur romain à quadruple menton, des yeux fort rusés et un sourire tellement fixe, tellement toujours semblable à lui-même, qu’on l’eût supposé provoqué à perpétuité par quelque intervention chirurgicale qu’eût subie la vieille femme.
— Ah ! mes belles !… s’écriait-elle haletante dès le seuil franchi, j’ai bien cru que je ne vous reverrais jamais. Figurez-vous que j’ai été malade à en mourir !… C’est mon asthme qui est cause de ça… Enfin, n’en parlons plus… Et vous ? Toujours jolies à ce que je vois ! Ah ! la jeunesse !…
Ces dames s’empressaient.
— Vous prenez quelque chose, Casi ?
Elle se défendait mollement.
— Un petit verre ?
Casi se laissait tenter.
— Allons ! C’est bien pour ne pas vous refuser, pour qu’il ne soit point dit que je vous ai fait un affront. Mais pas d’alcool. Parce que, vous savez, l’alcool, c’est la mort des personnes, surtout quand elles commencent, comme c’est mon cas, à être sur l’âge.