— Alors quoi ? Choisissez, Casi.

— Ce sera donc un petit rhum.

— Gustave, un rhum pour Casi !

Gustave survenait, Casi lampait le liquide d’un seul coup et reposait le verre devant elle. Connaissant la manœuvre, le garçon clignait de l’œil et versait une nouvelle ration à la devineresse qui la dégusterait lentement, à lèvres gourmandes, pendant la séance.

Selon les préférences de chacune, Casi interrogeait, avec un bonheur égal, les cartes, les lignes de la main, le blanc d’œuf ou la flamme d’une bougie.

Mais elle se refusait à faire le marc de café, déclarant de ses collègues qui prétendaient y lire la vérité :

— Ce sont toutes des charlatanes garanties sur facture, et qui volent l’argent des pratiques. Mme Veuve Casimir ne mange pas de ce pain-là.

Bien entendu, l’on n’insistait point.

Mme Mireille, qui avait été l’une des clientes les plus assidues de Casi et aussi l’une des plus convaincues de son infaillibilité, s’était abstenue, depuis son mariage, par respect humain, de la consulter : dans sa situation, elle n’avait pas le droit de trahir sa faiblesse devant le personnel. Mais que de fois, au cours de ses heures de doute, de tristesse, d’anxiété, elle avait regretté de s’être privée de ces formules qui, jadis, l’aidaient à vivre, lui dispensaient réconfort et espoir !

Néanmoins, elle avait eu assez de volonté pour se priver des bons offices de la sibylle.