Or, voici qu’un fait nouveau lui faisait éprouver l’impérieux besoin d’y recourir.
Souvent, depuis son retour, M. Adolphe avait été repris par l’idée de donner un petit frère à Aimée-Désirée et s’en était ouvert à sa femme.
Avec ce sens des réalités qui jamais ne l’abandonnait, Mme Mireille avait représenté qu’il ne serait point sage de mettre semblable projet à exécution en une période où il y avait à faire front à tant de travail.
D’un commun accord, il avait donc été décidé qu’on attendrait la signature de la paix ou tout au moins celle de l’armistice pour réaliser ce rêve.
Mais la guerre se prolongeant au delà de toutes les prévisions, M. Adolphe formula son souhait de nouveau.
Estimant qu’il n’aurait rempli sa mission terrestre aussi longtemps que ne serait assurée la transmission de son nom, il ne pouvait se résigner à attendre la fin des hostilités, ce qui, au train dont allaient les choses, risquait de se produire lorsque la saison de sa fécondité serait passée.
Mme Mireille fut sensible à ces arguments. Elle ne se reconnut pas le droit de différer plus longtemps la joie d’un homme si cruellement atteint par l’adversité et qui parlait un langage si noble, si judicieux.
Malgré les scrupules qui lui vinrent en pensant au désordre et au coulage qui se produiraient au 17 pendant qu’elle accomplirait sa tâche maternelle, elle décida, si elle pouvait acquérir la certitude de mettre, cette fois, un garçon au monde, d’exaucer les vœux de celui qui lui avait tant donné.
Ne doutant point que Casi fût capable de la renseigner, elle décida donc de la consulter.
— Tu me préviendras tout de suite de son arrivée, avait-elle dit confidentiellement à Mme Lucie. Et tu t’arrangeras pour que les dames ne la voient pas avant moi.