Elle était en effet persuadée que le premier oracle émis par la devineresse à la toque fleurie était meilleur, plus riche de vérité que les suivants.
Mme Lucie avait promis de guetter la sorcière et, quand celle-ci se présenta, elle alla quérir Mme Mireille qui descendit au salon.
Casi fut si surprise et si flattée qu’elle oublia de parler de son asthme.
— Comme je suis heureuse que vous me reveniez ! s’exclama-t-elle, Depuis si longtemps que vous m’avez abandonnée !… C’est donc qu’on a des peines, des chagrins ? Ou quelque amourette en tête ? Ce serait encore bien de votre âge, voyez-vous.
Après avoir déposé son parapluie et ses réticules boursouflés sur une table, elle s’était assise en geignant.
— Et qu’est-ce que je vais vous faire ? Les cartes, les mains, le blanc d’œuf ou la bougie ?
Mme Mireille réfléchit.
— La bougie, répondit-elle, se rappelant que, jadis, des quatre épreuves, celle-ci lui avait toujours donné le plus de satisfactions.
— Vous avez bien raison, dit Casi. C’est encore ce qu’il y a de mieux, de plus sûr et de plus sincère. Jamais la bougie ne m’a menti. Il est juste d’ajouter que je sais comme pas une la faire parler. Je lui arrache positivement ses secrets. Mais quelle fatigue !…
Cette habile transition lui permit de laisser entendre, à mots couverts, qu’elle avait besoin d’un tonique avant de commencer son travail.