Elle lampa donc son premier verre de rhum, mit le second, que lui versa Gustave, en réserve sur le coin de la table, atteignit un de ses réticules et en tira une bougie, un chandelier de cuivre, une boîte d’allumettes.
Mme Mireille s’assit en face d’elle, posa les coudes sur la table, mit son menton dans la coupe formée par ses mains rapprochées.
La flamme jaune brillait en vacillant dans la pénombre de la pièce. Casi, le dos bien calé au dossier de sa chaise et les mains posées à plat sur le marbre, suivait des yeux ses mouvements.
— Je voudrais savoir une chose, une seule chose, murmura timidement Mme Mireille… Si j’ai un second enfant, est-ce que ce sera une fille ou un garçon ?
Casi continuait de regarder vivre la flamme, au centre de quoi, au-dessus du point rouge de la mèche, se contractait et se dilatait une petite palme bleue.
D’une voix étrange, chantante, métallique, qui ressemblait si peu à sa voix habituelle qu’on eût pu douter que ce fût la sienne et croire qu’elle sortait d’un des réticules où un gnome eût été caché, la vieille dit dans une sorte d’extase :
— Je vois, je vois, je vois !… Si la Providence bénit une fois encore ce beau couple, ce couple d’époux si bien assortis, et qui méritent tant de bonheur, je vois… je vois très bien, comme si, déjà, elle était de ce monde, une jolie petite demoiselle toute pareille à la première… Ah ! la mignonne demoiselle !… Et si, plus tard, la Providence bénissait d’autres fois ce beau couple, je vois encore d’autres demoiselles, de charmantes demoiselles… tout un petit pensionnat.
— Pas de garçon ? demanda avidement Mme Mireille.
Elle venait de rompre le charme.
Casi atteignit son verre, y trempa les lèvres, souffla sur la flamme et, de sa voix naturelle :