— Pas de garçons, rien que des filles, et vous pouvez vous vanter d’en avoir une de chance !… Parce que les demoiselles c’est toujours plus gentil avec les mamans. Ainsi, moi qui vous parle, j’ai l’un et l’autre. Eh bien, le garçon, il ne vaut pas les quatre fers d’un chien. C’est comme je vous le dis. Tandis que la fille…

Mme Mireille ne l’écoutait plus.

Elle déposa un billet sur le marbre, se leva, disparut.


Donc il lui était refusé d’exaucer le vœu de son mari, de lui donner le fils qu’il attendait d’elle et qu’elle eût été si heureuse, si fière de mettre au monde afin que le nom des Rabier ne s’éteignît point !

Éprouvant une vive douleur en même temps qu’une grande humiliation, elle se promit de ne plus jamais accepter la maternité puisqu’il lui était refusé de remplir, dans la famille où elle était entrée, la mission pour quoi on l’y avait admise. Mais pour rester fidèle à son serment, elle serait contrainte de recourir au mensonge, à la ruse, puisqu’elle ne pouvait avouer à M. Adolphe comment et par quelle voie elle venait d’acquérir la certitude de n’être bonne à engendrer que des filles.

Cet homme énergique, cet esprit fort, qui se vantait de ne craindre rien ni personne, affichait, en effet, le mépris le plus insultant pour les vendeuses d’oracles et abreuvait de ses sarcasmes les folles qui ajoutent créance à leurs dires.

IX

A toutes les tables, militaires et civils attendaient, en buvant, que d’autres militaires, d’autres civils qui, en ce moment, étaient dans les chambres avec ces dames, en fussent sortis pour les y remplacer.

Portant en équilibre un plateau chargé de verres pleins, le garçon, dont le visage était baigné de sueur, circulait dans la salle surchauffée et enfumée.