Alignés sur une banquette, ayant dernière eux les effigies de la Russe et de l’Espagnole (un client patriote avait collé sur le sein de celle-ci un papillon imprimé sur lequel on lisait : « A bas les Neutres ! »), trois officiers anglais très rouges, très excités, menaient tapage. Ils riaient, chantaient, sifflaient, frappaient à coups de cravaches de cuir le marbre de leur table.
De temps en temps, l’un d’eux jetait son verre à terre. Alors, tous trois hurlaient d’une seule voix :
— Tchampeine !
Le garçon, à qui Mireille avait donné l’ordre de ne point laisser attendre ces clients fastueux, posait immédiatement une bouteille devant eux qui faisaient sauter le bouchon en poussant de grands rires, s’inondaient, par jeu, de vin mousseux, buvaient, brisaient leurs verres, répétaient :
— Tchampeine !… Tchampeine !… Encore Tchampeine !… Tchampeine… Encore !… Encore !…
L’un se leva, balaya la table de sa cravache, fit correctement le salut militaire et, pour montrer qu’il souhaitait de parler, leva la main.
Tous les regards se fixèrent sur lui.
Des rires fusèrent, des applaudissements éclatèrent, puis le silence régna.
L’homme émit seulement quelques mots. Mais ils eurent pour effet de susciter une hilarité plus violente encore chez ses camarades.
Au cours de la soirée, Mme Mireille avait remarqué qu’un sous-officier français s’était entretenu, deux ou trois fois, avec les alliés. Elle alla à lui :