Un souvenir la harcelait qu’elle voulait et ne pouvait chasser : le souvenir du temps où elle était simple dame et où, sans se parjurer aux yeux des hommes qu’elle avait vraiment aimés, elle continuait pourtant d’assurer son service.
L’amour ne subsiste-t-il point, intact et fidèle, au cœur de celles dont la destinée est d’en vendre les apparences à tout venant ?
Pourquoi ce qui avait été vrai dans le passé, ne le serait-il point dans le présent ?
Tant d’expériences antérieures ne démontraient-elles pas à Mireille que, s’il lui arrivait de distraire des messieurs riches — qui la paieraient très cher — elle ne retirerait rien à son mari de la tendresse qu’elle lui avait donnée ?…
Ah ! quelle satisfaction ce serait pour elle s’il lui était loisible d’obvier, par un travail personnel et sans d’ailleurs négliger aucune des obligations de sa fonction, au manque à gagner qu’elle constatait chaque nuit avec un déchirement de cœur !
Quelle joie elle ressentirait si elle pouvait contribuer à accroître le patrimoine de la famille, à enrichir cette petite Aimée-Désirée, à la mettre en état, pourvu que les hostilités durassent seulement deux ans encore, de prétendre à un brillant parti !
En agissant ainsi, ne s’égalerait-elle pas à ces femmes de France que politiques et journalistes louaient dans leurs discours et leurs écrits parce que, peinant, au champ, à l’usine, à la boutique, y remplaçant les morts, les mobilisés, les mutilés, elles sauvegardaient la fortune individuelle et la fortune collective ?
Pourquoi ne lui serait-il pas permis d’accomplir son devoir avec le même courage tranquille, simple et muet ?
Pourquoi ?…
Les yeux fixés sur les peintures murales qu’elle ne voyait pas, elle méditait…