Mais cette besogne, qu’elle avait accomplie si souvent, laissait toute liberté à son esprit.
Elle pensait… Elle pensait à Adolphe, à son obstination que jamais elle n’aurait la cruauté de combattre.
Puis elle pensait à Aimée-Désirée, à la dot qu’on lui pourrait amasser si l’on savait profiter de cette période d’exceptionnelle prospérité, dont, plus tard, on s’entretiendrait comme d’une chose fabuleuse…
— Nous, maintenant, avec ce qu’on a mis à gauche, on aura toujours assez pour vivre.
« Si nous pouvions avoir un fils, je me ferais moins de soucis. Je me dirais que le petit suivrait le même chemin que tous les Rabier ont suivi avant lui.
« Il reprendrait l’affaire, épouserait une femme sérieuse, méritante, connaissant le busenesse. Ils arrangeraient leur vie tous les deux… et serviraient une rente à Aimée-Désirée. Mais puisque ça nous est défendu d’espérer un garçon !…
« Une fille, c’est des charges, des responsabilités. On lui doit plus qu’à un fils. La nôtre, dans quelques années, il va falloir la faire élever ailleurs, et le moment arrivera de songer à la marier.
« A qui la marier ? Dans notre milieu, ça manque d’hommes qu’on choisirait comme gendres, c’est un fait. Dans les autres, on en trouvera difficilement. L’esprit du monde est si étroit ! Et celui qui voudra, il demandera gros pour faire passer la chose que la petite est née dans une maison… Et ce serait rare qu’il continue le commerce… Alors, il faudra de l’argent, beaucoup d’argent…
Un sanglot monta à la gorge de Mme Mireille.
Elle mit la main sur ses yeux, réfléchit longuement à la situation, essaya de trouver par quels moyens elle la pourrait amender.