Elle atteignit le commutateur, donna la lumière et put enfin reprendre son souffle.

Derrière les portes qui l’entouraient et qui étaient celles des chambres de ces dames, le sommeil régnait.

— Elles ignorent les soucis, le chagrin, murmura Mme Mireille. Elles sont heureuses !… Ah ! ne pas toujours se poser des questions !… Être exempte de responsabilités !…

Elle se rappelait l’époque où, elle aussi, était une simple dame, où il lui suffisait de se soumettre à la règle de la Maison au lieu d’avoir à la faire respecter, de se comporter avec les messieurs de façon à les satisfaire, l’époque où nul ne dépendait d’elle, où, elle aussi, pouvait dormir lorsque sa tâche était terminée.

— C’était tout de même le bon temps.

Mais elle avait le sentiment de l’équité. Aussi se reprocha-t-elle cette parole comme un blasphème.

Comment pouvait-elle regretter les jours où elle n’était rien au 17, rien qu’une pensionnaire, une passante qu’on avait le droit de chasser à toute minute ?

Comment pouvait-elle être assez ingrate pour ne pas avoir constamment présent à l’esprit ce que la vie lui avait apporté, ce que M. Adolphe lui avait donné : un nom, une fortune, l’amour, la maternité ?

La maternité !

Mme Mireille se rappelait le matin de sa délivrance, la déception qu’elle avait éprouvée au cours des premières heures qui suivirent, puis son émotion et celle d’Adolphe qui, les yeux humides, balbutiait, éperdu de bonheur :