— Ce petit bout… Ce petit bout… Quand on pense que c’est nous deux… Nous deux réunis, fondus.
— Aimée-Désirée ! ma fille, notre enfant ! murmura Mme Mireille.
Elle se dirigea vers une porte, en tourna doucement le bouton, la poussa, pénétra dans une étroite pièce où une veilleuse, voilée de rose, posée sur une commode, répandait une faible clarté : c’était la chambre où la fillette et sa bonne couchaient.
Roulée dans une couverture brune, la domestique dormait, le visage tourné vers la muraille.
— Celle-là aussi est heureuse, pensa Mme Mireille, en écoutant le souffle puissant et régulier de la montagnarde.
La lueur de la veilleuse venait mourir sur un petit lit d’acajou en forme d’œuf où le père, le grand-père, l’arrière-grand-père du bébé qui y était étendu avaient passé les premiers ans de leur vie.
Paupières abaissées, lèvres disjointes, son fin visage entouré de cheveux blonds dénoués, Aimée-Désirée dormait. Sa main potelée pendait hors du berceau.
Mme Mireille posa le coffre de fer et la lampe électrique à côté de la veilleuse, s’agenouilla sur la descente de lit, prit les doigts de la fillette dans les siens et y appliqua ses lèvres.
Elle discernait mal quel sentiment l’avait poussée à pénétrer dans cette chambre, à s’agenouiller devant le lit de son enfant, comme si elle avait eu à s’accuser d’un crime ou d’une faute.
Comment, si simple, si peu habile à s’analyser, aurait-elle compris que, dans son trouble, dans son désarroi, elle venait, d’instinct, à ce bébé endormi, demander un conseil, une ligne de conduite… et une absolution, pour le cas où, un jour, elle aurait besoin d’être pardonnée ?