Malgré l’injustice du reproche, elle ne répondait pas. Mais, loin de l’apaiser, ce silence irritait son mari dont l’humeur, si égale naguère, s’aigrissait au point que, parfois, il lui arrivait de molester ou d’injurier les clients.
— Si ça continue, nous ne reviendrons plus, lui avait dit une fois l’un d’eux.
Sous un tel outrage à sa personne, à sa qualité de mutilé, à son nom, à sa Maison, M. Adolphe s’était dressé terrible : front livide, lèvres tremblantes, mains crispées.
— Mais foutez donc le camp tout de suite, nom de Dieu, foutez le camp !… Tous !… Tous !… Tous !…
Pour le faire taire, pour le calmer, Mme Mireille s’était jetée sur lui qu’elle croyait devenu dément. Il l’avait saisie par les poignets et, visage contre visage, lui avait crié :
— Toi !… Toi !… Je commence à en avoir assez, tu sais ! Je finirai par te crever !…
Mme Mireille avait blêmi, ces dames avaient échangé des regards, le salon s’était vidé.
XIV
Un lundi matin, M. Adolphe dit à sa femme :
— Le piano est faux, il faut commander l’accordeur pour cet après-midi, vers quatre heures.