— Madame est morte, réussit-elle à articuler.
Ces dames comprirent. Toutes poussèrent le même cri suivi de lamentations semblables à celles, qu’en Orient, les pleureuses juives modulent sur les tombeaux.
— Et l’Angliche ? demanda Mme Andrée.
— Lui ? Crevé !
— Et M. Adolphe ?
— Il a jeté son revolver dans un coin et maintenant… maintenant, il est étendu par terre, à côté des deux cadavres… Il pleure !
Mme Zizi apporta une chaise, Mme Lucie s’y laissa tomber. Elle posa les coudes sur la table, cacha son visage dans ses mains.
Entre deux hoquets, elle disait d’une voix brisée ;
— Quand on pense qu’il l’a tuée !… Tuer une femme comme ça !… Une femme qui a tenu la Maison tout le temps qu’il a été là-bas… qui avait l’œil à tout… qui l’aimait comme on n’aime pas quelqu’un !
« Une femme qui était sérieuse et dévouée et toujours à l’ouvrage… Qui ne savait qu’inventer pour augmenter les bénéfices, même qu’elle avait trouvé le moyen de faire payer une taxe de luxe aux clients !… Et maintenant, la voilà morte… elle qui aurait fait la fortune de son mari et de sa fille… Pauvre Mireille !…