Il leur suffit de monter à l’étage, d’enfoncer les portes à coups d’épaules ou de bottes pour les trouver pâles, tremblantes, claquant des dents, debout devant leurs lits.
Qu’importe si, en cette nuit qui est pour elles nuit de chômage forcé, elles ne sont ni lavées, ni peignées ? Qu’importe si elles ont de gros bas de coton, des savates éculées, des peignoirs de pilou constellés de taches ?
Les guerriers sont gens d’appétits robustes. Ceux-ci le prouveraient s’il en était besoin.
Ils font magnifiquement leur métier d’hommes.
Mme Lucie qui, en sa qualité de cousine et de sous-maîtresse, a essayé de leur résister, est la proie de quatre gaillards bien décidés à lui faire payer cher son indocilité.
L’un a saisi à pleine main sa chevelure qu’il a roulée autour de son poignet pour ne pas perdre la prise.
Deux autres lui tiennent les bras, le quatrième les jambes et c’est ainsi qu’on la descend au salon où l’électricité a été donnée ainsi qu’aux plus beaux soirs.
Entre les mèches qui pleurent sur son visage, elle voit toutes ces dames, nues comme elle, aux mains de soldats qui les immobilisent sur les banquettes pour permettre à leurs camarades, qu’ils relèveront tout à l’heure, d’user d’elles.
Cris de triomphe, vivats, applaudissements et rires se mêlent aux cris de douleur, aux exclamations rageuses, aux sanglots des patientes.
Mme Lucie est assise sur une table. On l’y renverse. Par les cheveux, les mains et les pieds, on l’y maintient. On danse, on chante, on vocifère, on siffle autour d’elle. Et elle subit tant d’assauts que, malgré son habitude et sa vigueur, elle s’évanouit.