Depuis des mois qu’il tient, dans la Maison, l’emploi de portier, qu’il est soumis à la triple surveillance de sa sœur, de Mme Mireille et de M. Adolphe, il n’a jamais pu boire à sa soif.
Il a donc profité du désarroi qui, depuis hier soir, règne au 17, pour rattraper le temps perdu et consommer, en une seule fois, la quantité de liquide dont il fut frustré.
— J’ai royalement bu ! murmure-t-il, sur le ton de la confidence. Royalement bu !… Et ce qu’il y a de rigolo, c’est que personne ne s’en est aperçu !… Un autre, à ma place, serait saoul… Moi pas !…
Il s’interrompt, paraît réfléchir, puis, se touchant le front comme s’il venait de retrouver le fil de ses pensées :
— J’ai rudement sommeil !… Alors, je vous souhaite le bonsoir, les gars !
Il pose l’index sur ses lèvres.
— Surtout n’allez pas raconter à Lucie que vous m’avez rencontré… Elle me chercherait des raisons.
Ayant dit, il s’écroule et instantanément s’endort.
Les soldats le poussent sous une banquette et se mettent en quête de ces dames.
Ils n’ont pas besoin de les chercher longtemps.