Alors, le chef de ban bat la mesure et, par trois fois, une immense acclamation roule :

— Hipp ! Hipp ! Hipp ! Hurrah !… Hipp ! Hipp ! Hipp ! Hurrah !… Hipp Hipp ! Hipp ! Hurrah !…

Le frère de Mme Lucie se réveille. Il réussit à se dégager, rampe sur le sol, s’assied, jambes écartées, au milieu du salon, passe sur son visage verni de sueur ses mains chargées de poussière.

Les soldats applaudissent.

Le succès qu’on lui fait le flatte. Il salue gracieusement, multiple les sourires, envoie des baisers, et apercevant tout à coup les corps des pensionnaires étendus çà et là, pousse des gloussements de joie en se frappant sur les cuisses.

— Alors, les gars, alors les Alliés, c’est la nouba à ce que je vois, la grande nouba, s’écrie-t-il.

Il demande à boire.

Comme on ne comprend pas, il fait le geste de porter un verre à ses lèvres. On lui passe une bouteille. Il s’y abreuve avec avidité, puis, aux applaudissements renouvelés de l’assistance que cet intermède a divertie, il reprend son mouvement de reptation et disparaît de nouveau sous la banquette en hurlant :

— Vive l’Angleterre !

La troupe compte un musicien. Il s’assied devant le piano, et voici le God save the King et le Tipperary et le Rule Britannia.