Un autre prend possession de l’étagère aux liqueurs. Il tend à ses camarades des verres à bière pleins de rhum, de cognac, de chartreuse, de kummel, de curaçao.

Trois sergents, qui ont exploré la cave, arrivent chargés de paniers.

— Tchampeine ! crient-ils.

On les acclame. L’alcool contenu dans les verres est versé sur les corps de ces dames. Les bouteilles passent de mains en mains, comme des briques lancées par des maçons faisant la chaîne. Les bouchons sautent. Le vin s’échappe des goulots. Des bouches le happent.

Et quand le flacon est vide, on le jette dans une glace, dans le lustre, ou bien on en martèle les touches du piano.

Car l’heure n’est plus à la musique, ni à l’amour, ni aux chants, ni aux rires.

L’heure est à la force !

Comme s’ils obéissaient à un signal, les hommes se lèvent. Beaucoup sont très rouges, quelques-uns très pâles. Ils chancellent. Mais il leur reste assez d’équilibre pour gravir l’escalier à la course, se répandre dans les chambres, en ouvrir fenêtres et persiennes, faire passer dans la rue meubles, miroirs, literie, lingerie multicolore et accessoires de toilette — tout ce qu’ils peuvent atteindre.

Ils redescendent dans le salon empuanti d’alcool, de fumée et de vin, dans le salon où tout est détruit.

Tout ? Non ! Il y a encore le piano et les tables de marbre.