Les ennemis français de Sarrail, saisissant avec l’empressement que l’on sait toutes occasions de le combattre, même en attentant à la vérité, ont voulu lui attribuer l’entière responsabilité d’une situation extrêmement grave et confuse, d’événements qui se fussent passés même s’il ne fût jamais venu en Syrie puisque, dès longtemps, ils étaient préparés.

Non par les Druses eux-mêmes. Mais par les adversaires du mandat qui se sont servis de Soltan-el-Attrache et de ses hommes comme de mercenaires.

Car la rébellion n’a pas le caractère national que lui prêtèrent les auteurs d’une polémique dont on ne saura jamais combien elle nous fit de mal et diminua notre prestige aux yeux des populations syriennes.

Elle n’est qu’un épisode de la grande lutte entreprise contre nous et dont j’ai longuement parlé.

Quand on a rapproché certaines informations, établi un synchronisme parfait entre tels faits (attaques de nos postes de la frontière hauranaise, incursions de bandes dans les jardins de Damas, troubles dans la région de Homs-Hama, destructions de voies ferrées) on ne saurait douter, en effet, que ces diverses actions font partie d’un plan d’ensemble mûrement élaboré et dont les auteurs confient l’exécution à tous les auxiliaires qu’ils se peuvent procurer.

Et quand on a constaté que les gens du Haurran ne nous font la guerre que grâce aux armes qui leur viennent de Transjordanie et de Palestine, on comprend que notre alliée, continuant à considérer les Druses comme ses fidèles clients, n’entend point les priver des moyens de tuer nos soldats[5].

[5] Ce sont, bien entendu, des fabricants européens : anglais, allemands — peut-être d’autres encore ! — qui fournissent armes et munitions à Soltan-el-Attrache.

Partis de plusieurs ports occidentaux, Hambourg notamment, de petits bâtiments vont aborder sur des côtes qu’ils savent non surveillées : en Tripolitaine, près de la frontière égyptienne et aussi dans le golfe Persique.

Débarquées sans encombre, les armes sont ensuite acheminées à dos de chameaux à travers les déserts jusqu’en Transjordanie. Elles sont vendues à des trafiquants indigènes qui les cèdent à leur tour aux Druses.

Et tout le monde trouve son compte dans cet honnête commerce qui ne pourrait évidemment s’exercer sans certaines complicités…