Avant Sarrail, a-t-on écrit, le calme et la tranquillité régnaient chez les Druses.

Eh bien ! c’est une fable. Depuis que nous sommes en Syrie, nous n’avons cessé d’être obligés de multiplier les expéditions dans le Djebel ainsi que l’attestent les décrets des 13 avril et 27 octobre 1923 portant attribution de la médaille de Syrie aux militaires ayant pris part à diverses opérations.

Il serait hors de propos et fastidieux de donner ici le détail de ces répressions. Grâce à elles, tant bien que mal, nous parvînmes à ramener l’ordre dans le Haouran. Pour l’y maintenir, pour administrer ce pays si difficile, il fallait un homme énergique, actif, doué de qualités diverses et qui réussirait à calmer la turbulence des féodaux. Weygand y envoya certain capitaine Carbillet avec le titre de gouverneur.


Ah ! le singulier personnage ! Ah ! l’étonnante figure ! En dépit d’un physique qui, pourtant, paraît le mettre à l’abri de toutes les aventures et nonobstant un absolu dédain pour les soins qu’on doit accorder à sa guenille, Carbillet avait eu des aventures au Maroc.

Quelles ? Il suffit sans doute, pour qu’on en devine la nature, d’écrire qu’il est délicat de les définir et d’ajouter que celui qui en fut le héros usa, abusa, en ces occasions, de l’autorité que trois galons lui conféraient sur des légionnaires.

Mais, tel que le voici, Carbillet est un homme admirable. Je le dis sans ironie. Il se consacra avec passion, intelligence, générosité à la tâche qui lui était dévolue et qu’il remplit avec un parfait désintéressement[8].

[8] Jamais il ne consentit, bien qu’il fût pauvre, à toucher les indemnités afférentes à ses fonctions.

Il traça des routes, ouvrit des dispensaires, planta des arbres, construisit un aqueduc de dix-huit kilomètres pour amener à Soueïda l’eau de la montagne, réforma les finances, emplit les caisses de l’État, fit des fouilles, découvrit des trésors, fonda plusieurs musées lapidaires, créa des écoles. Et le Français qui parcourt aujourd’hui le Djebel et qui entend les petits Druses lui parler dans sa langue doit cette surprise, cette émotion à Carbillet !

Infatigable, doué d’une étonnante faculté de travail, s’étant donné tout entier à ce pays sur lequel, quand il en eut été éloigné, il devait écrire les lettres les plus belles, les plus émouvantes : « J’ai laissé mon cœur au Djebel, je l’aime comme ma seconde patrie. » Carbillet a tracé dans le Haouran une page lumineuse dont la France doit lui savoir gré.