Et ce voyage-ci offre un autre attrait. Un attrait exceptionnel. Presque une attraction. Le Sphinx conduit vers son poste M. Henry de Jouvenel, le nouveau Haut-Commissaire de la République dans le Levant.
Chacun, sur le bateau, connaît son nom, la dignité dont il est fraîchement investi et sa légende.
On sait qu’il jouit en France du prestige attaché aux hommes ayant mené à bien — même avec une apparente nonchalance — toutes les tâches qu’ils entreprirent. On sait que, par de beaux succès remportés à Genève, il a acquis ce lustre international qui lui manquait encore, à quoi il attachait du prix et qu’il conquit avec cette même aisance que toutes choses auxquelles tient sans le laisser paraître ; probablement pour que, si d’aventure elles lui échappent, il lui soit épargné de montrer à autrui un visage morose…
On sait… On sait… Que ne sait-on de lui ?
Étonnez-vous, dès lors, que sa présence suscite un peu de fièvre, de frémissement, d’excitation et tant de curiosité chez les passagers et surtout chez les passagères unanimement résolues à avoir pour lui les yeux de Chimène, à exhiber en son honneur toutes leurs robes, tous leurs joyaux, et, ainsi qu’il se doit, lorsqu’on a le privilège de naviguer au même bord qu’un homme dont la réputation est aussi solidement établie que la sienne, le plus possible de leur chair ?
Le voici qui arpente le pont. Mains au dos, il va d’une marche légèrement balancée sous les regards convergents.
— Justes dieux, qu’il a l’air oriental ! murmure-t-on sur son passage. Est-ce pour cela qu’on l’a choisi ?
— Il ressemble à Aadly-Yeghen-Pacha, ancien premier de chez nous, affirme une jeune Égyptienne.
Et, naturellement, les gens informés content des anecdotes à ceux qui le sont moins. M. Henry de Jouvenel sait bien lesquelles. Vous aussi, parbleu !
Mais il est certains voyageurs qui témoignent au représentant de la France en Syrie un intérêt plus vif encore que celui manifesté par nos officiers, nos fonctionnaires, les touristes français, anglais, américains en route pour l’Égypte et les enfants du Delta regagnant leur patrie.