Jeudi 11 avril.
Nuit de grande rosée. L'eau ruisselle partout sous ma tente, qui est remplie d'une buée lourde et où s'est concentrée l'âcre odeur des soucis.
Jusqu'au matin, autour du camp, les veilleurs ont chanté, en lutte contre le sommeil. Au petit jour, leur voix a fait place à celle des cailles s'appelant dans les herbages.
Levé le camp à six heures. En selle à sept heures.
D'abord, nous nous avançons dans l'immense plaine, escortés de nos amis d'hier, les Beni-Malek, au nombre de deux cents. Il semble que l'air soit plus chaud sur cette rive sud du fleuve et que le pays soit plus inhospitalier encore.
Sur les infinis jaunes des colzas et des soucis s'étend un ciel sombre, tourmenté, avec quelques déchirures très bleues.
Puis viennent des régions toutes blanches, des kilomètres et des kilomètres de camomilles, qu'on écrase en passant et qui imprègnent, pour tout le reste du jour, nos chevaux de leur senteur.
Après deux heures de route, nous rencontrons les cavaliers des Beni-Hassem qui nous attendent.
Des brigands en effet: à leur aspect, il n'y a pas à s'y méprendre.
Mais des brigands superbes; les plus belles figures de bronze que nous ayons encore vues, les plus belles attitudes, les plus beaux bras musculeux, les plus beaux chevaux. Des mèches de cheveux longs qui s'échappent de leurs turbans au-dessus des oreilles contribuent à donner je ne sais quoi d'inquiétant à leurs physionomies.