III
Huit jours d'attente, de préparatifs, de retards.
Pendant cette semaine passée à Tanger, nous avons fait de nombreuses allées et venues, pour examiner des tentes, choisir et essayer des chevaux ou des mules. Et bien des fois, nous sommes montés sur la hauteur là-bas, où notre campement s'est augmenté peu à peu d'un nombre considérable de gens et d'objets, en face toujours des côtes lointaines de l'Europe.
Enfin le départ est fixé à demain matin.
Depuis hier, les abords de la légation de France ressemblent à un lieu d'émigration ou de pillage. Les petites rues tortueuses et blanches d'alentour sont encombrées de ballots énormes, de caisses par centaines; tout cela recouvert de tapis marocains à rayures multicolores et lié de cordes en roseau.
IV
4 avril.
Pour garder nos innombrables bagages, nos gens ont couché dans la rue, effondrés dans leurs burnous, la tête cachée sous leurs capuchons, semblables à d'informes tas de laine grise.
A pointe d'aube, tout cela sort de sa torpeur accroupie, s'éveille et s'agite. D'abord des appels timides, des pas incertains de gens qui dorment encore; puis bientôt des cris, des disputes. Du reste, avec les duretés et les aspirations haletantes de la langue arabe, entre hommes du peuple, on a toujours l'air de se vomir des torrents d'injures.
Et cette grande rumeur d'ensemble, qui augmente toujours, couvre les bruits habituels du matin: chants de coqs, hennissements de chevaux et de mulets, grognements de chameaux dans le plus voisin caravansérail.