Un temps viendra où, de tout ce rêve d'amour, rien ne restera plus. Un temps viendra où nous serons perdus tous deux dans la nuit profonde, où rien ne survivra de nous-mêmes, où tout s'effacera, tout jusqu'à nos noms écrits sur nos pierres.
Les petites filles circassiennes viendront toujours de leurs montagnes dans les harems de Constantinople. La chanson triste du muezzin retentira toujours dans le silence des matinées d'hiver,—seulement, elle ne nous réveillera plus!
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LXI
Le voyage à Angora, capitale des chats, était depuis longtemps en question.
J'obtiens de mes chefs l'autorisation de partir (permission de dix jours), à la condition que je ne me mettrai là-bas dans aucune espèce de mauvais cas pouvant nécessiter l'intervention de mon ambassade.
La bande s'organise à Scutari par un temps sans nuage; les derviches Riza-effendi, Mahmoud-effendi, et plusieurs amis de Stamboul sont de l'expédition; il y a aussi des dames turques, des domestiques et un grand nombre de bagages. La caravane pittoresque défile au soleil, dans la longue avenue de cyprès qui traverse les grands cimetières de Scutari. Le site est là d'une majesté funèbre; on a, de ces hauteurs, une incomparable vue de Stamboul.
LXII
La neige retarde de plus en plus notre marche, à mesure que nous nous enfonçons plus avant dans les montagnes. Impossible d'atteindre avant deux semaines la capitale des chats.
Après trois jours de marche, je me décide à dire adieu à mes compagnons de route; je tourne au sud avec Achmet et deux chevaux choisis, pour visiter Nicomédie et Nicée, les vieilles villes de l'antiquité chrétienne.