J'étais écoeuré de cette fête, inquiet aussi pour l'avenir de voir Achmet faire de pareilles sottises et se soucier si peu de ses promesses.

Je me levai pour sortir; Achmet comprit et me suivit en silence. L'air froid du dehors nous rendit le calme et la possession de nous-mêmes.

—Loti, dit Achmet, où vas-tu?

—À bord, répondis-je; je ne te connais plus; je tiendrai mes promesses comme tu as ce soir tenu les tiennes, tu ne me reverras jamais.

Et j'allai plus loin discuter avec un batelier attardé le prix d'un passage pour Galata.

—Loti, dit Achmet, pardonne-moi, tu ne peux pas laisser ainsi ton frère!

Et il commença à me supplier en pleurant.

Moi non plus, je ne voulais pas le laisser ainsi, mais j'avais jugé qu'une pénitence et une semonce lui étaient nécessaires, et je restais inexorable.

Alors, il chercha à me retenir avec ses mains pleines de sang, et s'accrocha à moi avec désespoir. Je le repoussai violemment et le lançai contre une pile de bois qui s'écroula avec fracas. Des bachibozouks de patrouille qui passaient nous prirent pour des malfaiteurs, et s'approchèrent avec un fanal.

Nous étions au bord de l'eau, dans un endroit solitaire de la banlieue, loin des murs de Stamboul, et ces mains rouges représentaient mal.