Il a tiré les verrous de ses portes, et goûte le bien-être égoïste du chez soi, bien-être d'autant plus grand que l'on serait plus mal au-dehors, par cette tempête, dans ce pays peu sûr et inhospitalier.

La chambre de Loti, comme toutes les choses extraordinairement vieilles, porte aux rêves bizarres et aux méditations profondes; son plafond de chêne sculpté a dû jadis abriter de singuliers hôtes, et recouvrir plus d'un drame.

L'aspect d'ensemble est resté dans la couleur primitive. Le plancher disparaît sous des nattes et d'épais tapis, tout le luxe du logis; et, suivant l'usage turc, on se déchausse en entrant pour ne point les salir. Un divan très bas et des coussins qui traînent à terre composent à peu près tout l'ameublement de cette chambre, empreinte de la nonchalance sensuelle des peuples d'Orient. Des armes et des objets décoratifs fort anciens sont pendus aux murailles; des versets du Koran sont peints partout, mêlés à des fleurs et à des animaux fantastiques.

À côté, c'est le haremlike, comme nous disons en turc, l'appartement des femmes. Il est vide; lui aussi, il attend Aziyadé, qui devrait être déjà près de moi, si elle avait tenu sa promesse.

Une autre petite chambre, auprès de la mienne, est vide également: c'est celle de Samuel, qui est allé me chercher à Salonique des nouvelles de la jeune femme aux yeux verts. Et, pas plus qu'elle, il ne paraît revenir.

Si pourtant elle ne venait pas, mon Dieu, un de ces jours une autre prendrait sa place. Mais l'effet produit serait fort différent. Je l'aimais presque, et c'est pour elle que je me suis fait Turc.

XXVI

A LOTI, DE SA SOEUR

Brightbury …, 1876.

Frère chéri,