Passant devant une antique maison bardée de fer, nous entendîmes le bruit d'un orchestre et d'un bal. C'était une de ces grandes habitations, noires au-dehors, somptueuses au-dedans, où les anciens Grecs, les Phanariotes, cachent leur opulence, leurs diamants, et leurs toilettes parisiennes.
… Puis le bruit de la fête se perdit dans la brume, et nous retombâmes dans le silence et l'obscurité.
Un oiseau volait lourdement autour de notre caïque, passant et repassant sur nous.
—Bou fena (mauvaise affaire)! dit Achmet en hochant la tête.
—Bay-Kouch mî? lui demanda Aziyadé, tout encapuchonnée et emmaillotée. (Est-ce point le hibou?)
Quand il s'agissait de leurs superstitions ou de leurs croyances, ils avaient coutume de s'entretenir tous les deux, et de ne me compter pour rien.
—Bou tchok fena Loti, dit-elle ensuite en me prenant la main; ammâ sen … bilmezsen! (C'est très mauvais, cela Loti, mais toi …, tu ne sais pas!…)
C'était singulier au moins, de voir circuler cette bête une nuit d'hiver, et elle nous suivit sans trêve, pendant plus d'une heure que nous mîmes à remonter de l'échelle du Phanar à celle d'Eyoub.
Il y avait un courant terrible, cette nuit-là, sur la Corne d'or; la pluie tombait toujours, fine et glaciale; notre lanterne s'était éteinte, et cela nous exposait à être arrêtés par des bachibozouks de patrouille, ce qui eût été notre perte à tous les trois.
Par le travers de Balata, nous rencontrâmes des caïques remplis de iaoudis (de juifs). Les iaoudis qui occupent en ce point les deux rives, Balate et Pri-Pacha, voisinent le soir, ou reviennent de la grande synagogue, et ce lieu est le seul où l'on trouve, la nuit, du mouvement sur la Corne d'or.