Jeudi, 29 mars.

Le jour de notre entrée à Jérusalem,—un jour auquel nous avons songé d'avance, un peu comme les pèlerins d'autrefois, pendant quarante jours de désert.

Avant le soleil levé, un vent terrible nous éveille. Sans ces oliviers autour de nous, nos tentes auraient déjà pris la volée.

Vite, il faut se vêtir, faire replier toutes ces toiles tendues, corder nos bagages, et nous voilà dehors, sur les cailloux de l'enclos, au bord de la route, par un matin désolé et froid. Alors, en grand désarroi de nomades, nous montons à cheval deux heures plus tôt que nous ne pensions, pour aller dans la ville sainte chercher un définitif abri.

Le soleil se lève, pâle et sinistrement jaune, un soleil de tourmente, parmi des nuages affreux, derrière des soulèvements de poussière et de sable.

Tout s'enlève et vole, emporté par ce vent qui souffle de plus en plus fort.

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Une heure de route, dans des tourbillons de poussière alternant avec des tourbillons de pluie, sous des rafales qui déploient nos burnous comme des ailes et nous jettent au visage, en coup de fouet, la crinière de nos chevaux...

Là-bas, il y a une grande ville qui commence d'apparaître, sur des montagnes pierreuses et tristes,—un amas de constructions éparses, des couvents, des églises, de tous les styles et de tous les pays; à travers la pluie ou la poussière cinglantes, cela se distingue d'une manière encore confuse, et, de temps à autre, de grosses nuées nous le cachent en passant devant.

Vers la partie gauche des montagnes, rien que de décevantes bâtisses quelconques; mais vers la droite, c'est bien encore l'antique Jérusalem, comme sur les images des naïfs missels; Jérusalem reconnaissable entre toutes les villes, avec ses farouches murailles et ses toits de pierre en petites coupoles; Jérusalem sombre et haute, enfermée derrière ses créneaux, sous un ciel noir.