Dans l'enceinte du Haram-ech-Chérif, sont restées visibles deux des portes du temple de Jérusalem.

L'une, la porte Dorée, qui donne sur la vallée du Cédron et par laquelle—suivant une tradition acceptable—le Christ entra, aux acclamations du peuple juif, le jour des Rameaux. Une maçonnerie sarrasine la ferme aujourd'hui complètement; elle a du reste été remaniée, à plusieurs lointaines époques, en des styles très divers. Et, tandis que nous sommes là, écoutant le Père S..., qui veut bien essayer de reconstituer pour nous les anciens aspects de ce lieu, nos esprits sont si loin plongés dans le recul des siècles, que nous ne nous étonnons plus de telles phrases: «Oh! ceci est sans intérêt; ce n'est pas très vieux, ce n'est qu'une retouche du temps d'Hérode

L'autre, la porte Double, également murée de nos jours, fut jadis cette porte du Milieu, par où l'on «montait» au temple, venant d'Ophel, et qui sans doute vit passer de compagnie Salomon et la reine de Saba. Les archéologues discutent si ses derniers remaniements datent de l'époque d'Hérode ou de l'époque byzantine. Elle est environnée de souterrains qui ont gardé leur mystère et pose sur des assises cyclopéennes; bien plus que la précédente, elle donne le sentiment d'une antiquité lourde et ténébreuse. La colonne monolithe, qui la partage en son milieu, est vraisemblablement un dernier vestige resté debout du temple salomonien; elle est trapue, monstrueuse, terminée par un chapiteau naïf représentant des palmes; le linteau qu'elle supporte est une de ces pierres colossales que les hommes d'autrefois avaient le secret de remuer comme des pailles, mais qui écraseraient sous leur poids nos machines modernes. Tout l'ensemble de cette porte Double, incompréhensible sous des entassements de plâtre et de chaux épaisse, demeure là comme le débris de quelque construction faite, dans la nuit du passé, par des géants. Devant cette colonne et ce linteau, l'imagination cherche ce que pouvait être, dans sa magnifique énormité primitive, le Temple du Seigneur—devenu aujourd'hui ce désert du Haram-ech-Chérif où trône solitairement une mosquée bleue...

IX

Lundi, 2 avril.

Rencontré ce matin, en dehors des murs de Jérusalem, l'enterrement d'une pèlerine russe:—il en meurt tant, au cours de ces voyages en Palestine!—Vieille femme en cire jaune qui s'en va le visage découvert, emportée par d'autres matouchkas. Et ils suivent par centaines, les pèlerins et les pèlerines; toutes les vieilles jupes fanées sont là; toutes les vieilles casquettes à poils, toutes les barbes grises de moujiks, toute la foule sordide et noirâtre. Mais la foi triomphante rayonne dans les regards et ils chantent ensemble un cantique de joie: on la trouve si heureuse, on l'envie tant, celle-ci qui est morte en terre sainte!... Oh! la foi de ces gens-là!...

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... Le soir, au coucher du soleil, sortant de chez les Pères de Sainte-Anne, j'étais tout près de l'enceinte gardée du Haram-ech-Chérif, tout près du lieu probable du prétoire de Pilate et du point initial de la Voie Douloureuse,—dans un quartier désert et sinistre.

Ils venaient de me montrer leur vieille basilique des croisades, les aimables Pères de Sainte-Anne; ils m'avaient conduit dans leur jardin pour me faire voir une piscine récemment exhumée par leurs soins et qui paraît être le réservoir de Béthesda; ils m'avaient fait descendre dans leurs profonds souterrains, où une tradition très vraisemblable place la maison de sainte Anne, mère de la Vierge Marie et où il est avéré, dans tous les cas, que, bien avant le passage de sainte Hélène, les solitaires du Carmel, les chrétiens du i er, et du iie siècle descendaient par un soupirail pour tenir leurs clandestines assemblées de prières.

Tout ce passé revivait en mon esprit, au sortir de ce vénérable lieu, et maintenant, sous un silencieux crépuscule d'or, j'avais à remonter, entre des murailles et des ruines désolées, toute la Voie Douloureuse, pour arriver là-bas aux quartiers nouveaux que j'habite, près de la porte de Jaffa.