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Là-bas, dans les quartiers que j'habite, dans la rue des Chrétiens et dans l'odieux faubourg de Jaffa où fument des usines, sur la route de la gare et dans les corridors de l'hôtel, je trouve, à la nuit tombante, un encombrement de gens nouveaux de tous les coins de l'Europe, vomis par le petit chemin de fer de la côte; pour la plupart déplaisants et vulgaires, touristes sans respect ou pèlerins des classes moyennes, dont la dévotion de routine est pour me glacer davantage encore.—Tout ce côté de Jérusalem a pris une banalité de banlieue parisienne.
XXI
Samedi, 14 avril.
Éveillé au son coutumier des trompettes turques, je reprends conscience de la vie au milieu du tapage d'un hôtel quelconque, portes qui battent, discussions rauques en allemand ou en anglais, malles que l'on traîne lourdement dans des corridors encombrés. Et c'est ici la ville sainte! Et après-demain je la quitterai, pour n'y plus revenir, sans y avoir aperçu la lueur que j'avais souhaitée, sans y avoir trouvé même un instant de recueillement véritable...
Depuis ces derniers jours, dans ces clairvoyances navrées des matins, où je sens que tout m'échappe, de chers visages morts me réapparaissent comme pour me dire l'adieu suprême. Oh! je vivais sans espérance pourtant, ou du moins il me le semblait,—comme à tant d'autres qui sont en cela mes frères: on s'imagine ne plus rien croire, mais tout au fond de l'âme subsiste encore obscurément quelque chose de la douce confiance des ancêtres. Et maintenant que le Christ est tout à fait inexistant, tout à fait perdu, les figures vénérées et chéries, qui s'étaient endormies en Lui, me font l'effet de s'en être allées à sa suite, de s'en être allées dans un recul plus effacé; je les ai perdues, elles aussi, davantage, sous une plus définitive poussière. Après la vie, comme dans la vie, pour moi tout est fini plus inexorablement...
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Je dois passer mes heures d'aujourd'hui au milieu des représentante de cette attachante Arménie, dont l'histoire n'a cessé, depuis l'antiquité, d'être tourmentée et douloureuse.
Si le Trésor des Grecs est assez difficilement ouvert aux visiteurs, celui des Arméniens ne l'avait même jamais été jusqu'à ce jour; et, pour obtenir qu'il nous fût montré, il a fallu les aimables instances de notre consul général auprès du bienveillant Patriarche.
Les concessions arméniennes, fortifiées comme des citadelles du moyen âge, occupent presque la moitié du mont Sion, dont l'autre partie, celle du levant, appartient aux Israélites.