Ensuite elle étendit les loques sur des branches, au gai soleil, et, le soir, tout fut sec, bien replié, bien arrangé; Toto-San put reprendre sa route errante.
Il s’attela et repartit, par habitude de marcher en roulant quelque chose. Mais derrière lui, la petite voiture était vide. Séparé de celle qui avait été son amie, son conseil, son intelligence et ses yeux, il s’en allait au hasard, débris plus pitoyable à présent, irrévocablement seul sur la terre jusqu’à sa fin, ne retrouvant plus ses idées, avançant à tâtons, sans but ni espérance, dans une nuit plus noire...
Cependant, les cigales chantaient à pleine voix dans la verdure qui s’assombrissait sous les étoiles et, tandis que la vraie nuit descendait autour de l’homme aveugle, on commençait à entendre dans les branches les mêmes frémissements que le matin pendant la mise en terre; c’étaient encore des murmures d’Esprits qui disaient: «Console-toi, Toto-San, elle se repose dans cette sorte d’anéantissement très doux où nous sommes nous-mêmes et où tu viendras bientôt. Elle n’est plus ni vieille ni branlante, puisqu’elle est morte; ni désagréable à voir, puisqu’elle est bien cachée parmi les racines souterraines; ni dégoûtante pour personne, puisqu’elle est de la matière fertilisant le sol. Son corps va se purifier en s’infiltrant dans la terre; Kaka-San va devenir de jolies plantes japonaises,—des rameaux de cèdre,—des camélias simples,—des bambous...